Instant classique – 8 avril 1880… 140 ans jour pour jour. Alexandre Borodine a toujours été écartelé entre la chimie, passion dont il a fait son métier, jusqu’à devenir professeur à l’académie de médecine à Saint-Pétersbourg, sa ville natale, et la musique, pour laquelle il montre des aptitudes brillantes dès sa plus petite enfance.

Ami de Moussorgski et membre du fameux groupe des Cinq, Alexandre Borodine réalise une œuvre peu fournie, mais qui lui permettra de devenir l’un des compositeurs les plus fameux de l’histoire de la musique russe. Cela tient surtout au Prince Igor et ses fameuses danses polovtsiennes, rabâchées à l’envi par tous les grands orchestres et dont il existe une myriade d’interprétations ; c’est aussi le cas de sa deuxième symphonie, dite « épique ». Mais c’est presque surtout grâce à ces quelques minutes merveilleuses des Steppes de l’Asie centrale, chef-d’œuvre miniature écrit et créé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’accession au trône d’Alexandre II, le tsar qui a aboli le servage en Russie, et qui sera assassiné l’année suivante.

C’est Rimsky-Korsakov qui créé cette « esquisse symphonique » à Saint-Pétersbourg il y a juste cent quarante ans, qui est dédiée au « vénéré » Franz Liszt. Ce dernier, avec sa bienveillance habituelle, avait rencontré Borodine quelques années auparavant et lui avait transmis ses « encouragements admiratifs » devant ses deux premières symphonies. Elle sera rapidement jouée « à l’ouest » et notamment d’abord en Belgique où Borodine avait trouvé dans le chef Théodore Jadoul un admirateur éperdu. C’est Charles Lamoureux qui la dirigera à la tête de son orchestre pour la première à Paris en 1884.

On ne sait pas si Borodine s’est beaucoup promené dans ces fameuses steppes. Mais il était le fils naturel d’un prince du Caucase et a toujours gardé un pied à l’ouest et un pied à l’est. Il décrit sa partition comme une évocation, dans une région désertique, d’un chant populaire russe, alors qu’une caravane passe (sans chien qui aboie), accompagnée par l’armée russe forcément victorieuse, puis s’éloigne dans le lointain.

Le thème de la chanson russe est exposé par la clarinette sur un tapis aigu des cordes, avant d’être repris par le cor. La caravane survient sur un rythme régulier aux cordes, avec l’apparition d’un thème oriental au cor anglais. Puis peu à peu tout s’éteint sur le même tapis suraigu des violons (dur dur de tenir la note).

Comme si on y était, même si ici, Valery Gergiev ne s’attarde guère…

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »