La nouvelle opérette de Franz Lehár est une bluette un brin puérile, à l’intrigue (très) maigre. Et pourtant, quel triomphe, y compris en France ! Il faut dire que Lehár y a mis tous les ingrédients qu’il faut pour emballer tout le monde…

C’est Franz Lehár lui-même qui a ajouté le sous-titre à sa nouvelle opérette, présentée voici cent douze ans au Carltheater de Vienne, Zigeunerliebe, « Amour tzigane ».

Opérette romantique car son héroïne, Zorika, qui doit épouser Jonel, le fils d’un riche boyard, rêve plutôt d’être enlevée par le ténébreux mais si brûlant violoniste tzigane Jószi. Sa nourrice lui conseille d’aller à la rivière magique Czerna pour y lire son avenir : quiconque doit se marier le lendemain et boit l’eau de la rivière saura ce qui l’attend. Zorika, qui n’a peur ni des moustiques, ni des amibes, s’exécute donc, est prise d’un sommeil magique et se met à rêver. Dans son rêve, elle se retrouve dans un campement tzigane et Jószi, avec qui elle est effectivement partie, se montre moins glamour et surtout elle s’aperçoit que son union avec le violoniste n’a servi que de prétexte pour monter un pittoresque mariage tzigane et amuser Ilona, la propriétaire du terrain où se trouve le campement. Pendant que Zorika poursuit son rêve mi-figue mi-raisin, à la noce, la vraie Ilona se pâme pour le ténébreux Jószi, qui finit par s’éclipser. Jonel trouve Zorika endormie – le jour de leurs noces, non mais franchement – la réveille et, voyant où était son intérêt (le fidèle mariage, évidemment !), Zorika l’embrasse amoureusement. Eh oui, on reste dans la très morale Vienne, tout de même !

Évidemment, les critiques ont trouvé tout ceci bien puéril et bien maigre… mais pas le public, qui fait à la musique de cette bluette un triomphe. Il faut dire que Lehár y a mis tous les ingrédients qu’il faut pour emballer tout le monde. Csárdás à tous les étages, valses et autres ensembles enlevés. L’opérette fait vite le tour du monde et arrive notamment en France, où son succès est général.

Voici l’un des principaux airs de la partition, une csárdás chantée par Ilona à l’acte III, mais qui n’a été ajoutée par Lehár que cinq ans après la création de 1910, ici empoignée par Elīna Garanča dans un disque récital réalisé il y a une dizaine d’années.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »