9 mai 1828… 193 ans jour pour jour – La Fantaisie pour quatre mains en fa mineur, dédiée à la comtesse Esterhazy, élève du compositeur, est considérée par certains comme la plus belle œuvre pour clavier de Franz Schubert. Cette partition est un miracle, un chef-d’œuvre, d’une remarquable unité et d’une profonde tendresse.

Le 1er mai dernier, je vous disais que la première œuvre officielle du catalogue schubertien était une fantaisie pour piano à quatre mains, numérotée D1. Par un étrange coup de dés du destin, à l’autre bout de la vie de Schubert figure une autre fantaisie, elle aussi pour piano à quatre mains, composée entre janvier et avril 1828 et numérotée D940. Il reste alors à Franz Schubert, qui a trente-et-un ans, moins d’une année à vivre.

Cette fantaisie est incomparablement plus célèbre et, disons-le, plus passionnante que la précédente. Elle correspond à une période de la vie de Schubert durant laquelle il compose plusieurs partitions pour piano à quatre mains, curieusement. Nous aurons quelques semaines plus tard un allegro en la mineur et un rondo en la majeur.

La fantaisie est elle-même en fa mineur. Elle est dédiée à l’une des élèves préférées de Schubert, la comtesse Caroline Esterhazy, qui s’intéresse vivement à la musique de son professeur. Ce dernier a suffisamment confiance en elle pour lui confier le manuscrit original de son trio en si bémol qu’il a terminé fin 1827 et la Fantaisie est la première œuvre qu’il lui dédie. Les témoignages de ses amis sont assez clairs. Ainsi le dramaturge Eduard von Bauernfeld écrira : « Chez Schubert, assez réaliste pour certaines choses, tout ne finissait pas sans quelque exaltation. Ainsi, il aima jusqu’à sa mort une de ses élèves, la jeune comtesse Esterhazy, à laquelle il dédia sa plus belle œuvre pour clavier, la Fantaisie pour quatre mains en fa mineur. »

Même dédiée à Caroline et promise dès le mois de février aux éditeurs Probst et Schott à Vienne (ce qui montre que Schubert avait pleinement conscience de l’importance de ce qu’il écrivait. C’est d’ailleurs finalement chez Diabelli qu’elle paraîtra en mars 1829), c’est à ses amis qu’il réserve la primeur de la pièce, le 9 mai 1828. Le même jour, le même Bauernfeld écrit dans son journal : « Aujourd’hui, Schubert m’a joué (avec Lachner) sa nouvelle et merveilleuse fantaisie à quatre mains. » Cela se passe d’ailleurs chez Lachner, qui habite alors un pavillon dans un jardin situé derrière la « maison des invalides » à Vienne.

On distingue quatre parties dans cette Fantaisie qui est bien sûr d’un seul tenant, d’autant plus qu’elle recèle une remarquable unité. Dédier une œuvre aussi mélancolique et presque dramatique, dans une tonalité mineure, à une jeune femme peut paraître étrange. C’est en oublier la profonde tendresse.

Je le dis sans ambages, cette partition est un miracle, un chef-d’œuvre, une de celles que votre serviteur peut écouter en boucle pendant toute une journée. Si vous ne connaissez pas Schubert, écoutez donc ceci et vous comprendrez tout le reste.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : éphéméride