Instant classique – 9 mars 1868… 152 ans jour pour jour. Ambroise Thomas aimait Shakespeare, qui l’inspirait. Les duettistes Barbier et Carré lui concoctent au tournant des années 1860 un livret adaptant (assez librement et à partir d’une première adaptation en français d’Alexandre Dumas et Paul Meurice) l’Hamlet du dramaturge, en quatre actes et avec un glorieux happy end qui permet de couronner Hamlet roi.

Cette première version est achevée en 1863 et aussitôt rangée dans un tiroir. Thomas compose alors son autre chef-d’œuvre lyrique, Mignon, d’après Goethe cette fois. Il revient ensuite pour la salle Le Peletier, alors siège de l’opéra de Paris, avec une version modifiée de son Hamlet, avec un cinquième acte et ajout d’un ballet, concession inévitable à la Grande boutique. Il fait seulement à ce moment-là de son héros un baryton, offrant le rôle à Jean-Baptiste Faure qui ne sera pas pour rien dans le succès de l’œuvre.

Créée il y a tout juste cent cinquante-deux ans, cette partition fort belle quoi qu’assez dédaignée par les nombreux critiques de Thomas, jugé ultra conservateur et académique au dernier degré, remporte un succès d’estime avant de partir à la conquête (réussie) de l’Europe.

À l’occasion du passage de l’œuvre à Londres, Ambroise Thomas modifie la fin pour la rendre plus tragique, avec la blessure mortelle reçue par Hamlet, qui tue tout de même le roi, avant de rendre le dernier souffle près d’Ophélie.

Parmi les reprises de ces dernières années, la production du Liceu de Barcelone, mise en scène par Moshé Leiser et Patrice Caurier il y a déjà quinze ans, a donné lieu à l’une des plus extraordinaires interprétations scéniques de la folie de la pauvre Ophélie par une époustouflante Natalie Dessay.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »