9 novembre 1940 : un palais pour une guitare

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Compositeur prolifique, Joaquín Rodrigo est souvent réduit à son fameux concerto d’Aranjuez pour guitare et orchestre, une œuvre magnifique en trois mouvements, dont le deuxième – le plus connu – a fait beaucoup couler d’encre. Il est triomphalement créé il y a 81 ans, jour pour jour, à Barcelone.

Pour beaucoup, Joaquín Rodrigo est comme tant d’autres le compositeur d’une seule œuvre, ce fameux concerto d’Aranjuez pour guitare et orchestre, créé au superbe Palais de la musique catalane à Barcelone. Si la célébrité de l’œuvre, rendue populaire par de nombreuses reprises et adaptations, a dépassé celle de son auteur, il faut quand même rappeler que Rodrigo a été, malgré son handicap (il était aveugle depuis l’âge de trois ans, à la suite d’une diphtérie), un compositeur très prolifique.

C’est durant son second séjour à Paris, où il était déjà venu perfectionner ses connaissances au début des années 1920 à la Schola Cantorum, et auprès de Paul Dukas ou encore de son compatriote Manuel de Falla, que Rodrigo écrit son concerto. Il a trente-sept ans et habite alors avec sa femme Victoria au 159 de la rue Saint-Jacques (une plaque en témoigne) ; Rodrigo étant déjà fort connu en Espagne, où la guerre civile fait alors rage, c’est là qu’il reçoit la commande d’un concerto pour guitare par le marquis de Bolarque. Ce concerto sera donc l’un des cinq laissés par Rodrigo pour la guitare.

Le travail est long, car Rodrigo écrit en braille et dicte ensuite toute la partition à un copiste, note par note. Il lui faut donc une bonne année pour que tout soit terminé. Rodrigo rentre alors en Espagne, une fois la guerre terminée, ce qui laisse supposer que la nature du régime qui vient de triompher ne l’indispose pas. De fait, Rodrigo est un traditionaliste, très attaché à l’histoire de l’Espagne. Le surnom donné au concerto le révèle d’ailleurs très bien : Aranjuez est une petite ville au sud de Madrid, qui compte un très élégant palais construit au XVIIIe siècle par les Bourbons d’Espagne. Rodrigo n’est d’ailleurs pas non plus l’homme des grandes innovations musicales, cherchant surtout à conserver un style néo-classique empreint de nationalisme, et c’est sur ces principes qu’il dirige le département de la musique de la radio nationale espagnole.

Rodrigo veut retranscrire en musique « les fragrances des magnolias, le chant des oiseaux et les ruissellements des fontaines » des jardins du palais d’Aranjuez. Il est d’ailleurs anobli cinquante ans plus tard par le roi Juan-Carlos, qui le fait « marquis des jardins d’Aranjuez ».

Des trois mouvements de cette très belle partition, c’est bien sûr le deuxième qui est resté le plus célèbre dans la mémoire collective. Rodrigo n’en parlait jamais, contrairement aux autres mouvements, ce qui a alimenté nombre d’interrogations sur sa signification. Certains ont même pensé que Rodrigo y exprimait sa tristesse face au bombardement de Guernica. Cependant, on sait aujourd’hui, grâce à sa femme elle-même, qu’il a plutôt décrit sa nostalgie des jours heureux avec elle et sa souffrance devant l’échec d’une première grossesse de Victoria.

À sa création à Barcelone avec Regino Sainz de la Maza à la guitare, le concerto remporte un triomphe qui se répète à Madrid. On porte le compositeur en triomphe.

Le voici dans son intégralité, interprété par l’un des plus grands guitaristes du XXe siècle, Narciso Yepes, avec Luis Garcia Navarro à la tête de l’orchestre Philharmonia.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



 

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