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Berlioz, la résurrection

Berlioz, la résurrection
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C’est une belle biographie d’Hector Berlioz, riche et documentée, que nous livre ici Bruno Messina, directeur du festival Berlioz, aux éditions Actes Sud, pour la commémoration des 150 ans de la mort du compositeur.

Ce n’est pas un hasard si l’ancienne ministre de la culture Françoise Nyssen a placé Bruno Messina à la tête des manifestations de commémoration du cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz. Bruno Messina est un fin connaisseur et l’ardent défenseur du compositeur, éternel mal-aimé du romantisme français, à travers notamment le Festival Berlioz qu’il dirige, et qui se tient tous les étés à La Côte-Saint-André, ville natale du compositeur, en Isère.

Écrire une biographie d’un compositeur est un exercice redoutable. Il faut sans aucun doute aimer son personnage. Et Bruno Messina laisse en effet transparaître son fort attachement au musicien dont les Français connaissent sans doute davantage le portrait – pour ceux, en tous cas, qui ont connu les billets de 10 francs sur lesquels il figurait entre 1974 et 1980 – que la musique.

Mais comment défendre son musicien sans manifester un parti-pris en sa faveur ? Comment tenter de restaurer la réputation d’un compositeur auquel la postérité préfère un Beethoven, un Liszt ou un Wagner ? Comment lutter contre la réputation bien ancrée d’un personnage ombrageux, tempétueux et dont l’estime de son art a toujours dépassé l’accueil parfois mitigé réservé à sa musique ?

C’est la grande réussite de cette biographie que de livrer, avec bienveillance mais sans masque, avec objectivité mais sans froideur, un portrait d’Hector Berlioz qui nous le fait mieux connaître tout en nous le rendant plus humain, et finalement plus aimable.

Berlioz et la France

Bruno Messina, Hector Berlioz, Actes SudCar les relations entre Berlioz et son pays n’ont jamais été simples. « Je me plais en France, dit-il ironiquement, surtout quand j’y arrive la veille du jour où je dois en partir ». Il est vrai que la France le lui a bien rendu, qui n’a que trop rarement comblé son besoin si profond de faire entendre et aimer sa musique. Mais le sens de la formule de Berlioz n’est pas dirigé uniquement contre son pays, puisqu’il confesse qu’il aimerait autant « être obligé de vendre du poivre et de la cannelle chez un épicier de la rue Saint-Denis que d’écrire un opéra pour des Italiens » (Mémoires).

Plus prosaïquement, Berlioz se plaint souvent de son manque d’argent et, de fait, constamment criblé de dettes, passe de longs moments de sa vie à diriger des concerts à l’étranger, autant parce qu’il y est reconnu et aimé que parce qu’on le paye mieux qu’en France.

Tel un Pierre Boulez au XXe siècle, Berlioz est en effet aussi connu pour ses talents de direction que de composition, outre qu’il est également critique musical et ethnomusicologue. Il devient célèbre à l’étranger où « il apparaît comme le chef de file d’une école nouvelle et d’un chemin encore possible après le génie Beethoven. Beaucoup font la comparaison. Paganini le clame haut et fort. Liszt, fervent admirateur de Beethoven, est aussi l’ambassadeur d’Hector. Schumann défend sa musique dont il dit des merveilles. Londres multiplie les propositions de concert, l’Allemagne l’attend, on parle de lui jusqu’en Russie ! ». Il ira même jusqu’à produire son propre festival à Baden-Baden pendant une dizaine d’années consécutives.

Berlioz, le compositeur

Bruno Messina sait mettre en relation les événements de la vie du compositeur, les influences reçues et l’évolution de sa musique. Les impressions fortes reçues par le jeune Hector dans son enfance à l’occasion, par exemple, des trois jours de processions des rogations que l’on accomplissait durant les trois jours précédant l’Ascension imprègnent La damnation de Faust ou « la Prière » dans Benvenuto Cellini.

L’art de Berlioz trouve sans doute son accomplissement dans ses œuvres orchestrales. Dans Harold en Italie, commandé par Paganini, qui lui octroie une somme extravagante en récompense de ce chef-d’œuvre, Berlioz accomplit « une révolution dans le traitement du soliste » avec « un alto-personnage dans un paysage orchestral qui tantôt l’accompagne, tantôt le domine tantôt lui laisse le chant libre ».

Son Requiem est aussi une « œuvre géniale » qui « dit la paix, crie la colère et se tord d’angoisses métaphysiques ». « L’œuvre a des mouvements grandioses mais elle est tout autant pudique, simple, et parfois même austère. » Pour une fois, Berlioz connaît en France un incontestable succès grâce à son Requiem dont l’impression est « foudroyante sur les êtres de sentiments et d’habitudes les plus opposés ».

Malade, éprouvé par de multiples soucis, il se relève « avec un projet magnifique, inattendu, qui là encore ne correspond à aucune forme connue et n’est ni un opéra, ni une cantate, mais une symphonie dramatique pour chœur et orchestre : Roméo et Juliette« . En quatre symphonies distinctes et singulières, la Fantastique, Harold en Italie, Roméo et Juliette et la Funèbre et triomphale, « Berlioz a dépassé les formes historiques, annoncé l’avenir et déployé toutes les possibilités de la musique à programme ».

Le Te Deum de Berlioz reste une de ses œuvres les plus connues. Réalisée en 1855 pour l’Exposition universelle de Paris, « l’œuvre est belle, majestueuse, grandiose même puisqu’elle réunit un orchestre colossal, douze harpes, un double chœur, un ténor solo, un orgue et six cents enfants ». Berlioz y manifeste son goût pour la musique liturgique, « avec laquelle il joue singulièrement, multipliant les climats opposés et les effets sonores saisissants ».

Œuvre de la fin de sa vie, l’opéra Les Troyens contient tout le génie et les influences du compositeur. Il s’agit d’une « synthèse, en cinq actes tout de même, de toutes les recherches et passions de Berlioz. On y retrouve le passé – l’Allemand Gluck, le Français Rameau, l’Italien Virgile, l’Anglais Shakespeare – et l’avenir dans un destin commun ».

Épuisé, Berlioz dirige ses derniers concerts assis. Il part après avoir lancé ce cri, quelques années avant sa mort : « Faut-il que nous soyons punis d’avoir adoré le beau toute notre vie ? C’est probable. Nous avons trop bu à la coupe enivrante, nous avons trop couru vers l’idéal » (Correspondance générale). Une biographie que l’on ne peut que recommander.

Marc de RIEVAULX

Bruno Messina, Berlioz, Actes Sud, 2018, 208 p., 18 €



Crédits photographiques : Pierre Petit – domaine public (détail)



 

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