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Bilan 1/5. Budget de la Culture sous Hollande : des baisses, des hausses et des tours de passe-passe

Bilan 1/5. Budget de la Culture sous Hollande : des baisses, des hausses et des tours de passe-passe
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À 3-4 mois de l’élection présidentielle, Profession Spectacle dresse un vaste bilan du quinquennat de François Hollande. Cette semaine : « le bilan comptable » du ministère de la culture. Objectif : vérifier si les promesses de François Hollande ont été tenues.

Bilan du quinquennat de François Hollande (1/5)

« Le budget de la Culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat ». Il y a des promesses de campagne qui, cinq ans plus tard, appellent à être vérifiées. Celle-ci avait été prononcée en janvier 2012 par François Hollande, dans le cadre des Biennales internationales à Nantes (Loire-Atlantique). « Lorsqu’émerge la peur de l’autre, un sentiment de déclin […], alors nous devons nous tourner vers la culture, c’est elle qui nous élève, qui nous construit, qui nous rassemble », avait même ajouté le candidat. Des propos qui résonnent encore dans les têtes des professionnels du spectacle. Et même encore plus après la vague d’attentats que nous avons subie.


Discours de François Hollande à Nantes à l… par francoishollande

Alors, à la veille d’une élection présidentielle, et même si l’intéressé ne se représente pas, Profession Spectacle n’a pas manqué pas l’occasion de prendre un peu de recul pour fouiller dans les chiffres et dresser un « bilan comptable » de ce quinquennat.

Des baisses en début de quinquennat…

Sur ce graphique des années Hollande, on remarque dans un premier temps une relative stabilité la première année, avec 7,4 milliards de budget en 2012 et 2013. Mais c’est ensuite que les choix du président se font sentir. Et c’est à partir de cette année que les choses se gâtent, avec une baisse décidée par le président de la République. Le budget alloué passe alors à 7,26 milliards en 2014, puis 7 milliards en 2015. Un ministère de culture mis au régime sec, avec une baisse de 4 % en 2013, puis de 2 % en 2014.

Mais attention ! Ces chiffres et cette courbe ne concernent que le budget du ministère. Pour être totalement complet, il ne faut pas oublier la baisse des dotations de l’État auprès des collectivités locales. Une mesure décidée en début de mandat pour économiser 11 milliards d’euros sur trois ans, et qui a eu eu un impact considérable sur les politiques culturelles.

Comment François Hollande justifie-t-il un tel revirement à cette époque ? Pour faire des économies (50 milliards sur cinq ans) et redresser les comptes, évidemment ! Mais la décision est loin de faire l’unanimité à gauche et au sein même du gouvernement. La ministre de la culture de l’époque, Aurélie Filippetti, est farouchement contre. « Je me suis battue pendant deux ans pour essayer d’expliquer que cette baisse allait avoir des conséquences néfastes pour notre pays. Or je n’ai pas du tout été écoutée par Jean-Marc Ayrault ni par François Hollande à l’époque puisque le budget de la Culture a baissé de 6 % sur les deux premières années, ce qui était du jamais-vu, même sous la droite », explique-t-elle sur franceinfo en 2015.

Manuel Valls, alors devenu Premier ministre, reconnaîtra lui aussi, toujours en 2015, qu’il s’agissait d’une erreur : « Cela a été une erreur au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande de baisser le budget de la Culture. Cela a été un signe négatif », avait-il regretté lors d’un colloque sur les droits d’auteur, ajoutant qu’« il ne faut jamais donner de mauvais signe quand on parle de culture ».

…avant un revirement en fin de mandat…

Une erreur ? Vraiment ? Non, plutôt une stratégie du président, avec son concept de « quinquennat inversé » : une première moitié de mandat consacrée au redressement des comptes publics par des hausses d’impôts, avant de basculer dans la redistribution. Et c’est ce que nous confirme ce graphique, avec une amorce débutée à partir de 2016 et qui se termine en apothéose en 2017 : le budget atteint les 10 milliards d’euros. Mieux, la barre du 1 % du budget de l’État est atteinte ! Un record pour un gouvernement de la Ve République, qu’Audrey Azoulay n’a pas manqué de saluer : « C’est un budget historique. Il est hausse de +5,5 % [par rapport au budget 2016], une des plus fortes que le ministère ait jamais connues. […] Cette hausse est nette, sans mesures de périmètre, sans tour d’adresse d’aucune sorte ».

Pour y voir plus clair, Profession Spectacle a comparé, non pas un budget global (qui, avouons-le, n’est qu’une somme de ce que l’on y met dedans), mais les fonds consacrés aux différentes missions : le fonds de soutien au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est passé de 700 à 707,1 millions ; les sommes allouées aux DRAC ont augmenté de 41,6 millions ; le spectacle vivant a gagné 21 millions.

« Je lancerai un plan national d’éducation artistique », s’était engagé François Hollande lors de sa campagne ( 44e engagement). Cette promesse est tenue et financée, puisque le budget en la matière a doublé, passant de 31 à 64 millions d’euros entre 2012 et 2017. « Un élève sur deux bénéficiera d’une pratique artistique et culturelle, contre 20 % en 2012 »précise le ministère de la culture.

…mais qui cache un tour de passe-passe

Alors certes, les colonnes bleues dominent les rouges. Mais ce n’est pas avec ce genre de différences que l’on passe de 7,4 milliards d’euros de budget à 10 milliards en 2017. Les véritables hausses concernent l’audiovisuel public et le programme « transmission des savoirs et démocratisation de la culture ». Mais attention, note BFM, dans cette dernière catégorie, un tiers est dû aux dépenses de personnel du ministère et un autre tiers à la création d’un fonds pour les intermittents du spectacle, lancé en 2017 (90 millions d’euros) afin de compenser – notamment – les pertes liées aux attentats.

La ministre se défend « d’un tour d’adresse ». Mais permettons-nous d’en douter. Tout d’abord parce ce budget a été construit sur une hypothèse de croissance en progression de 1,5 % pour l’année 2017. Un chiffre plus qu’optimiste selon le Haut conseil des finances publiques et déjà revu à la baisse par la banque de France. Résultat : si cette croissance n’atteint pas cette prévision, tous les ministères devront geler une partie des crédits prévus durant l’année. Et la rue de Vallois n’y échappera pas à coup sûr ! Mais qu’importe finalement, puisque, si François Hollande avait été candidat, cela aurait bien évidemment pu faire illusion au moins jusqu’en mai et à la présidentielle.

C’est toutefois dans le détail, comme souvent, que l’on découvre finalement le tour de passe-passe dont se défend la ministre : les dix milliards mis en avant incluent les crédits d’impôts consentis par l’État au titre de la culture, mais aussi les taxes parafiscales prélevées sur la billetterie des spectacles, ainsi que les crédits de subvention. Profession Spectacle avait aussitôt pointé ce subterfuge : c’est la première fois que ces aides sont ajoutées dans le calcul du budget. Alors forcément, si on rajoute des millions, on gonfle la somme totale. Télérama s’était même permis de sortir sa calculatrice pour reprendre les budgets précédents en y ajoutant cette nouveauté. Résultat : en 2012, déjà, on arrivait à presque 9,7 milliards d’euros !

Un effort consenti pas si important que cela au final ! En plaçant Audrey Azoulay rue de Valois à la place de Fleur Pellerin lors du dernier remaniement, François Hollande aurait déclaré à cette dernière, selon Le Point : « Ce n’est pas ton travail qui est remis en cause. Mais j’ai besoin de quelqu’un pour faire de la politique ». Mission accomplie.

Au final, le budget a-t-il été sanctuarisé ?

Pour répondre à cette question, il faut définir le mot « sanctuariser ». Il s’agit de quelque chose qu’il est interdit de toucher, avec une connotation sacrée. Le fait est que François Hollande n’a pas épargné la culture pour gratter des économies durant son quinquennat. Et en bon politique, s’il avait dû défendre son bilan lors campagne présidentielle, sa réponse aurait été toute trouvée : « je n’ai pas sanctuarisé, j’ai fait mieux, j’ai augmenté le budget de la culture ».  Malin, mais désormais inutile.

Jacques GUILLOUX

Série sur le bilan culturel de François Hollande :

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