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Charles Péguy, le biopic théâtral d’un visionnaire

Charles Péguy, le biopic théâtral d’un visionnaire
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Dans le petit théâtre de la Contrescarpe, à quelques mètres de la célèbre place homonyme de Paris, a lieu un spectacle au sujet atypique : Charles Péguy le visionnaire. Sur un texte parfois trop diffracté et didactique de Samuel Bartholin, Bertrand Constant livre une prestation remarquable en interprétant avec finesse, outre le célèbre écrivain, une généreuse panoplie de personnages.

Qui lit encore ce passionnant intellectuel et écrivain à cheval sur les XIXe et XXe siècles, sinon quelques penseurs intéressés par un socialisme à la fois enraciné et sans excès, et autres fervents chrétiens adeptes de sa poésie ? Le sujet, comme l’écrit si bien Bertrand Constant dans sa note d’intention, n’est pas sans provoquer des « préjugés » ; lui-même, précise-t-il, en était « rempli ». Il faut ainsi lui rendre hommage d’avoir provoqué l’écriture de Samuel Bartholin et convaincu Laetitia Gonzalbes de le mettre en scène – ce qu’elle accomplit tout en douceur.

Charles Péguy Le visionnaire, avec Bertrand Constant (crédits : Yann Gouhier)Nous sommes en août 1914. Charles Péguy s’apprête à rejoindre son régiment pour la guerre dont, nous le savons, il ne reviendra pas. Alors qu’il ferme le siège de sa revue, les Cahiers de la Quinzaine, un jeune journaliste se présente à lui, disant chercher à rédiger un portrait.

Nous sommes en août 1914, croyons-nous. Nous entrons dans une vive conversation entre les deux hommes, pensant revivre une de ces intimités si riches qui ont contribué à la grandeur du théâtre comme du cinéma, tel Le Souper, rendu célèbre par l’interprétation sublime de Claude Rich (Talleyrand) et Claude Brasseur (Fouché).

Il n’en est rien, ne serait-ce que parce que Bertrand Constant est seul en scène et qu’il ne peut donc pas incarner cette tension entre les deux hommes, saisissant successivement l’un et l’autre. Il le fait avec beaucoup de talent, au risque de faire passer la tension dramatique derrière sa performance d’acteur.

Il n’en est rien, du fait que Samuel Bartholin a intercalé dans son récit des extraits de l’enfance, de l’adolescence et des engagements successifs de Charles Péguy. Bertrand Constant interprète avec une finesse égale la mère du jeune Charles, ses professeurs d’école, ses camarades… D’un geste, il croque chacun d’eux avec intelligence et habileté, et Samuel Bartholin ne s’est pas trompé en écrivant ainsi, pour ce comédien précisément, la pièce.

Toutefois, un tel texte n’échappe pas à deux écueils. D’une part, en procédant à de petites vignettes successives, il ne peut que schématiser les débats de l’époque, donnant le beau rôle à Charles Péguy : les partisans du collectivisme défendu par Jules Guesde se voient réduits à une brutalité aveugle, tandis que les tenants de l’Action française apparaissent comme de vulgaires nationalistes amateurs de grossières ripailles. Charles Péguy ne peut qu’apparaître dans tout son éclat au vu de tels adversaires.

Tel est bien le second écueil du texte : il nous offre un panégyrique très extérieur de l’écrivain français, en nous décrivant un visionnaire presque désincarné. Si toute l’action de la pièce s’était concentrée à cette veille de départ – synonyme de mort –, nous aurions pu saisir l’épaisseur d’un être tel que Charles Péguy, en désenveloppant le mythe pour atteindre l’homme, en creusant le biopic pour toucher le cœur battant. Il n’est nul besoin d’analepses pour comprendre les combats d’une vie, surtout lorsque ceux-ci furent, Samuel Bartholin le rappelle à plusieurs endroits, cohérents.

C’est pourquoi cette pièce, du fait de la remarquable interprétation de Bertrand Constant et du balayage historique en condensé, intéressera deux types de public : ceux qui désirent connaître sa vie publique et ceux qui aiment ou sont déjà en accord avec son œuvre. Reconnaissons enfin à la pièce une qualité non négligeable, bien que très personnelle : l’envie de replonger dans l’œuvre foisonnante de Charles Péguy. Si Samuel Bartholin et Bertrand Constant ne cherchaient que ce seul objectif, ils ont remporté le morceau.

Pierre MONASTIER

 



Spectacle : Charles Péguy, Le visionnaire
  • Création : 2018
  • Durée : 1h05
  • Public : à partir de 14 ans
  • Texte : Samuel Bartholin
  • Mise en scène : Laetitia Gonzalbes
  • Avec Bertrand Constant
  • Création musiques et sons : Tim Aknine et David Enfrein
  • Lumières : Charlie Hove
  • Compagnie : Kabuki

Crédits photographiques : Yann Gouhier

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Charles Péguy Le visionnaire, avec Bertrand Constant (crédits : Yann Gouhier)



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