Du 5 au 7 octobre prochain, plusieurs centaines de professionnels de la culture se donnent rendez-vous à Orléans à l’occasion de POP MIND, un événement unique en France sur toutes les questions de politique culturelle, d’économie sociale et solidaire, de démocratie, d’écologie, de droits culturels et de solidarités.

Créé par la Fédération des lieux de musiques actuelles (FEDELIMA) en 2014 et repris par l’Union fédérale d’intervention des structures culturelles (UFISC) cinq ans plus tard, POP MIND est devenu en quatre éditions un incontournable rendez-vous professionnel pour l’ensemble des organisations liés au monde culturel. Pendant trois jours, les professionnels, fédérations, universitaires, syndicats, universitaires, collectivités territoriales et élus se retrouvent pour discuter des mutations économiques, politiques, technologiques et artistiques dans un contexte de mondialisation, afin de produire des connaissances et se projeter pour le futur.

Cet espace de dialogue, de débat et de coconstruction, unique par son ampleur et l’importance des problématiques abordées, aura lieu pendant trois jours à Orléans, du 5 au 7 octobre prochains, sur le thème : « Cultures, communs et solidarités, un nouvel imaginaire pour ranimer nos sociétés ».

L’événement est ouvert et gratuit, mais uniquement accessible après inscription – même à la dernière minute !

Entretien croisé avec Bertrand Krill et Patricia Coler, respectivement président et déléguée générale de l’UFISC.
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Lors des premières éditions de POP MIND organisées par la FEDELIMA à Castres (2014) et à Nancy (2015), l’accent était naturellement porté sur les musiques actuelles. En 2017, à Grenoble, l’approche s’est voulue plus large, avec une thématique : « la solidarité ». Lorsque l’UFISC a repris les rênes de l’événement, à Rouen en 2019, vous avez maintenu et amplifié cette dimension, avec un thème volontairement large : « Les droits fondamentaux : une zone à défendre et à renforcer en France et en Europe ». Comment s’est faite cette évolution ?

Patricia Coler – LA FEDELIMA avait déjà pour ambition de proposer des rencontres professionnelles et citoyennes au-delà de son champ propre, avec des partenaires et d’autres réseaux du champ culturel. Elle a dès le début installé une articulation entre le local, le national et une dimension européenne, puisqu’elle réalisait ces rencontres avec le Live DMA qui est un réseau européen de musiques actuelles. L’UFISC a été partie prenante des premières éditions, non seulement avec une proposition d’ateliers ou de rencontres, mais également par la mobilisation de ses organisations membres, notamment à Grenoble autour du fil rouge sur la solidarité. La FEDELIMA a alors demandé à l’UFISC de porter l’événement pour inscrire cette dynamique dans une ouverture beaucoup plus large, tant sur le plan culturel que dans les champs de l’associatif et de l’économie sociale et solidaire, de façon à faire résonner les différents domaines les uns avec les autres.

Bertrand Krill – Il est vrai que c’est parti d’une problématique très spécifique aux musiques actuelles. Il y avait un besoin de se retrouver ensemble et de penser un peu plus loin que l’immédiat. Mais en avançant d’une édition à l’autre, on s’est rendu compte que les sujets qui avaient besoin d’élargissement étaient des sujets dépassant largement la problématique des seules musiques actuelles. C’est tout l’intérêt de l’UFISC de pouvoir inscrire la pratique artistique et culturelle dans des enjeux sociétaux, c’est-à-dire finalement dans la vie quotidienne des gens. On se situe au niveau européen parce que nous sommes dans une même culture de fonctionnement de l’État, des citoyens et des professionnels. Nous sommes à un endroit où nous pouvons réfléchir de manière assez libre à toutes les intrications de ces sujets.

Patricia Coler – En 2019, nous avons ainsi proposé trois jours de réflexion autour des droits fondamentaux : il nous paraissait très intéressant, dans un contexte électoral européen, de faire collectivement un décryptage, un état des lieux des droits humains fondamentaux en Europe, sachant qu’on traversait des crises ou faisait face à des obligations de plus en plus fortes, que ce soit sur la question de l’état d’urgence, des migrations, de la liberté d’expression… Ce passage de relais vers l’UFISC a permis d’ouvrir encore un peu plus cette co-construction des rencontres, grâce notamment à un comité de pilotage élargi, avec un nombre de partenaires très différents.

Le thème de la prochaine édition est : « Cultures, communs et solidarités, un nouvel imaginaire pour ranimer nos sociétés ». Comment vous est venue cette thématique ? La pandémie a-t-elle influencé votre réflexion ?

Bertrand Krill – La pandémie a évidemment joué ! Elle a posé une question intéressante : que fait-on quand tout s’arrête ? Nous n’avions plus le droit de nous voir, ce qui va à l’encontre de la pratique artistique et culturelle, et plus particulièrement du spectacle. Nous n’avons pas encore fait le tour de cette expérience grandeur nature : voir comment est la vie humaine quand il n’y a pas d’interactions sociales autres que par écrans interposés. Concernant la thématique de POP MIND, elle s’inscrit naturellement dans le prolongement des thématiques traitées à l’UFISC, que l’on retrouve dans la société : il n’y a donc pas de lien direct. Mais c’est certain que les questions environnementales ont pris une dimension plus immédiate, tactile et concrète depuis deux ans.

Patricia Coler – Dans le fameux comité de pilotage qu’on a réuni pour co-construire POP MIND, le contexte que nous avons traversé a été évidemment présent dans toutes nos conversations. Nous avons été sommés de réfléchir à des fondamentaux par rapport à nos pratiques : nous avons ainsi abordé les questions du temps, du partage, du lien social, du territoire, du local, des solidarités, des politiques publiques, du soin, de la démocratie… Cela nous a donc questionnés profondément, et en même temps, ça nous a donné envie de poursuivre un certain nombre de chemins sur lesquels nous avions déjà engagé une réflexion au sein de l’UFISC, comme les espaces pour faire débat public ou encore la coopération et les solidarités sur les territoires.

Qu’est-ce qui différencie les éditions 2019 et 2021 ? Parce que des droits fondamentaux aux communs, la frontière est ténue…

Patricia Coler – En 2019, on était plus sur un décryptage des menaces et des risques sur les droits fondamentaux, avec une volonté de regarder ce qui se passe sur les questions de migration, d’autorité, de sécurité… Pour la présente édition, avec la crise, on a eu envie – comme dans beaucoup d’endroits – de réfléchir à un « après » qui soit différent de « l’avant » et de dégager des orientations non seulement sur les pratiques et les politiques, mais aussi sur la réalité des actions qui se mettent en œuvre. Le prochain POP MIND vise à s’interroger sur les pistes de travail qu’on peut développer pour favoriser une réorientation des pratiques, de l’ancrage de la culture dans le champ sociétal, des politiques publiques, etc. Il s’agit ainsi de construire une feuille de route à partir d’initiatives prises.

L’intitulé de l’événement – « Cultures, communs et solidarités, un nouvel imaginaire pour ranimer nos sociétés » – intègre la diversité des cultures, des communs et des solidarités, mais ne suggère a contrario qu’un seul imaginaire possible. Comment définissez-vous ce dernier terme ? Et pourquoi ce singulier ?

Patricia Coler – Quand on a choisi « un » imaginaire, c’était pour se dire que cette conjonction entre cultures, communs et solidarités est le nouvel imaginaire auquel on souhaite réfléchir ensemble pendant ce POP MIND 2021. La question de la diversité culturelle, au-delà de la reconnaissance des cultures, c’est la capacité à penser des cultures en partage. La question du commun renvoie à l’enjeu démocratique de responsabilité collective. La question des solidarités est évidemment au cœur des enjeux actuels, d’autant plus pendant ce temps de crise. C’est ce triple questionnement qui nous permet de réfléchir à un nouvel imaginaire.

Bertrand Krill – Nous faisons un titre pour faire un titre. Poétiquement, il est plus joli comme ça que si on l’avait mis au pluriel, ce qui est déjà une bonne raison ! Le titre est signifiant par la manière dont il est dit, en dehors des mots et du sens qu’on donne aux mots. C’est donc un choix esthétique. Mais il y aussi une vérité : l’imaginaire fait référence à l’art. Cette unique et même source est ce qui nourrit toutes les créations, les créativités, les cultures, les communs et les solidarités possibles.

Patricia Coler – Nous avions d’autant plus envie d’aller vers la question de l’imaginaire que nous sommes souvent ramenés à celle du concret. Il nous semble assez fondamental de repenser la capacité des personnes à créer, à être dans le sensible, dans une relation qui n’est pas que rationnelle. Par ailleurs, pour traiter tous les enjeux posés, aussi bien l’écologie que la démocratie, il faut réfléchir à une autre manière de faire culture ensemble. Cela ne peut se restreindre à une question simplement organisationnelle.

Quelles sont les grandes lignes de force de cette édition 2021 ?

Patricia Coler – Huit thématiques ont été identifiées par le comité de pilotage : « économie et solidarités », « démocratie et citoyenneté », « écologie et développement durable », « rapports au territoire », « diversité des personnes et vivre ensemble », « relation à l’art », « relation au travail et gouvernance partagée » et « transmission et durabilité des projets ». Ensuite, nous avons eu plusieurs dimensions qui sont venues traverser cette réflexion thématisée : la question du temps, qui comprend aussi bien la notion de processus de fabrication que le phénomène d’accélération du temps de la création, qui forme comme un goulet d’étranglement pour les artistes ; il y a aussi la question de la capacité des personnes et de leur rapport au territoire.

Bertrand Krill – Les thèmes, en caricaturant un peu, intéressent les entreprises. Ce sont des sujets de vie concrète et quotidienne : comment améliore-t-on son empreinte climatique ? Comment mieux gérer les gens qui travaillent ensemble, de manière un peu moins pyramidale ou plus souple ? Ces sujets concernent tout le monde. Et c’est vrai que la crise a fait par ailleurs ressortir certaines questions, comme celle du rapport au temps, puisque tout d’un coup, le temps était figé. En parler permet de dire qu’on est conscient de cet impact-là, qui dépasse les problèmes du quotidien, de gestion, des uns et des autres. C’est la force de POP MIND de pouvoir en discuter et de faire connaître ces enjeux, car il est évident qu’un sénateur n’a pas les mêmes problématiques qu’une compagnie de Châtellerault.

L’horizon des élections présidentielles 2002 a-t-il joué sur votre programmation ?

Bertrand Krill – Plus que sur le contenu, elles jouent sur les ambitions de documentation finale, de textes et de réflexions. Nous présenterons aux politiques ces argumentaires, leur demandant de se positionner, qu’ils choisissent de les endosser, de les valider ou de manifester leur opposition. Il faut que les positions soient claires sur ce genre de sujets, qui en général intéressent peu le politique car ils sont très proches de la vie quotidienne. Il ne s’agit pas, en effet, de révolutionner le monde de manière visible et en l’espace de trois ans, ni même de construire des autoroutes ou des opéras…

Comment POP MIND s’intègre-t-il dans l’action plus générale de l’UFISC ?

Patricia Coler – POP MIND est un temps fort qui s’inscrit dans un processus au long cours. D’une part, c’est un moment joyeux, convivial, où l’on a plaisir à se retrouver et à échanger. D’autre part, il y a toute cette mise en commun des connaissances par les organisations présentes. Nous prenons le temps du dialogue, ce qui n’est pas toujours facile dans un monde de l’immédiateté. Tous les participants investissent du temps et de l’énergie à cette co-construction.

Bertrand Krill – POP MIND est un endroit où l’on essaie d’investir des gens, pour qu’ils soient ou restent dans une dynamique que seuls, ils ne peuvent avoir de la même manière. C’est aussi une invitation à être de plus en plus nombreux à réfléchir sur ces questions sociétales essentielles, afin que l’on soit plus loin dans deux ans qu’on ne l’est aujourd’hui. Cette année, par exemple, nous avons le directeur de la DGCA qui sera présent, ce qui est un tournant et une reconnaissance du travail accompli.

Propos recueillis par Pierre GELIN-MONASTIER

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En savoir plus : Programme complet de POP MIND 2021
Participation : inscription à POP MIND 2021

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