Alors que le spectacle vivant renaît doucement de ses cendres avec la reprise post-pandémie, les organisateurs d’événements s’inquiètent de l’application du décret son, selon l’Agi-Son. L’organisme a entamé un tour de France pour échanger avec les élus et les acteurs culturels sur la question. Le point sur les enjeux du décret.

Durant l’été et l’automne 2021, l’Agi-Son entame un tour de France pour discuter des enjeux du décret son, signé en 2017 après une instance qui réunissait les ministères de la Santé, de la Culture et de l’Environnement. L’objectif louable du texte était de renforcer la prévention des risques auditifs pour le public lors de concerts de musique et de préserver la tranquillité des riverains.

Seulement, l’application du texte s’est avérée quasi impossible pour le secteur du spectacle vivant. « Il a fallu mettre la réglementation en place au 1er octobre 2018, mais c’était beaucoup trop court pour se mettre aux normes, commente Angélique Duchemin, directrice générale d’Agi-Son. Il y avait beaucoup de mesures coûteuses, des points très imprécis, très flous et des idées complètement inapplicables. Le texte limite par exemple le niveau d’émergence, c’est-à-dire la différence entre le niveau de bruit créé par un événement et le niveau habituel d’un espace, à 3dB. Pour un lieu fermé, cela semble cohérent car on peut créer une coquille ; mais en plein air, on ne peut pas arrêter le son, pas avec la connaissance technique actuelle ! »

Non-conformité

Cela signifie que tous les événements qui se trouvent déjà dans les villes, à l’instar de festivals emblématiques tels que les Francofolies de la Rochelle ou Main Square à Arras, ou encore d’autres événements de plus petites tailles, organisés par les collectivités, tombent en dehors de la législation.

« Par exemple, la ville de Rouen organise des tables-rondes en terrasse qui sont très plébiscitées par les habitants et qui n’ont jamais reçu aucune plainte, poursuit la directrice. Les organisateurs ont souhaité faire appel à un bureau d’études pour respecter la régulation, mais on leur a dit que celui-ci devrait conclure à la non-conformité de l’événement. Il leur a donc été suggéré de faire comme s’ils avaient oublié… ce qui est une situation très inconfortable pour les organisateurs. Tout le monde se met dans l’irrégularité, c’est ridicule. Nous demandons des modifications et des éclaircissements. »

L’un des problèmes, selon Angélique Duchemin, c’est que le travail en amont du décret a été fondé sur l’ensemble d’études déjà existantes et non sur de nouvelles recherches. L’Agi-Son pointe aussi les imprécisions du décret avec, par exemple, la confusion de valeur entre le dB crête (bruit impulsionnel) et le niveau en dBC (moyenne des forts niveaux sonores intégrant les fréquences basses). « Dans le texte de 1998, le niveau était à 120 dB Crête. Le Conseil d’État a décrété de façon arbitraire, et parce qu’il souhaitait être en deçà du niveau du texte de 1998, qu’il devait être à 118 dBC, alors qu’il confondait les deux valeurs. Or, pour avoir un son homogène, le niveau en dBC doit être cohérent par rapport au niveau en dBA ; c’est très compliqué à mettre en œuvre et les 118 dBC actuels ne sont pas suffisants. »

Multi micro

Angélique Duchemin regrette aussi que le choix d’un nivellement selon la typologie de lieux n’ait pas été retenu. « On ne travaille pas de la même manière dans un café-concert et dans un festival, rappelle-t-elle. Or, on nous a répondu que tout le monde devait être traité de la même manière. La dBC est très difficile à mesurer ; ce doit être fait en tout endroit accessible du public, car la musique est mouvante. Les fréquences basses sont très volatiles, elles ne sont jamais au même endroit dans l’audience. Pour faire en sorte que cela ne dépasse jamais, il faudrait mettre des micros partout. C’est une option qu’a choisi la Cigale, qui a mis du multi micro dans toute sa salle ; mais en plein air, c’est inimaginable. » De son côté, Agi-Son avait proposé de réaliser une moyenne avant que le public arrive, même si cette option comporte des risques d’imprécision.

Fin 2017, l’Agi-Son avait mis en place une pétition pour alerter sur ces différentes problématiques. Aujourd’hui, l’organisme continue de travailler de son côté pour trouver des solutions alternatives. « Il faut refaire de la pédagogie pour expliquer la complexité de l’application du décret et les raisons pour lesquelles il ne fonctionne pas, indique la directrice. Alors que les lieux recommencent à ouvrir avec la fin de la crise sanitaire, nous sommes contactés tous les jours pour savoir comment appliquer les niveaux sonores et nous ne savons toujours pas quoi répondre à nos interlocuteurs. »

Chloé GOUDENHOOFT

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