Fannette Charvier, députée LREM : le service public doit « répondre aux attentes des téléspectateurs »

Fannette Charvier, députée LREM : le service public doit « répondre aux attentes des téléspectateurs »
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Née le 31 décembre 1984 à Annecy, Fannette Charvier a été élue députée de la première circonscription du Doubs à Besançon, sous l’étiquette du jeune parti En Marche, le 21 juin dernier. Celle qui n’était encore, il y a quelques mois, qu’une jeune novice en politique a depuis lors intégré la commission des affaires culturelles et de l’éducation, au côté, notamment, de sa compatriote franc-comtoise Annie Genevard et celle des affaires européennes. Profession Spectacle l’a rencontrée, afin de connaître sa vision des politiques culturelles.

Une volonté d’incarner le renouveau

Originaire de Haute-Savoie et Bisontine depuis sept ans, l’ancienne salariée de la Caisse primaire d’assurance maladie, âgée de 32 ans, fait ses premiers pas sur la scène politique. « Je suis arrivée un peu par hasard en politique, reconnaît-elle. Avant l’émergence d’Emmanuel Macron, j’étais plutôt dépolitisée ». C’est avec les débats suscités par la loi El Khomri que Fannette Charvier a franchi le pas, adhérant au mouvement En Marche en août 2016.

Par la suite, les réunions se sont enchaînées à Besançon, entraînant un engagement de plus en plus affirmé, pour deux raisons : « « D’une part, des valeurs de bienveillance et de respect qui détonaient avec ce que j’avais pu percevoir auparavant ; d’autre part un programme incarnant le renouveau » qui consiste, selon elle, en un « bon sens et un courage politique de le réformer ». Parmi les réformes en question, la députée cite celle du système des retraites ou encore la création d’un « droit à la connexion numérique pour aider la ruralité ».

La démocratisation culturelle

C’est l’appel aux femmes et à la parité, lancé par Emmanuel Macron en janvier 2017, qui l’a décidée à se présenter aux législatives. Elle souhaitait au départ faire partie de la commission des affaires sociales mais a finalement intégré celle des affaires culturelles et de l’éducation, son second vœu : « Ce sont des domaines vastes et intéressants, auxquels sont liées des questions transversales. Je fais également partie, depuis le 29 septembre, de la commission des affaires européennes. La culture, en particulier, est un domaine privilégié par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. La rentrée en musique en est la preuve, c’est un signal très positif de la part du gouvernement ».

Elle revendique la culture comme bien commun hérité, entre autres, de la Renaissance, des Droits de l’Homme et de l’esprit des Lumières : « Les ministères de la culture et de l’éducation travaillent de façon étroite pour une culture qui ne s’adresse pas seulement aux personnes aisées, mais à tous les publics (enfants, jeunes, adultes, personnes âgées, handicapés) ». Une vision démocratisée de celle-ci est donc valorisée, la création du Pass culture étant, selon elle, « en lien direct avec l’entrée dans la citoyenneté des jeunes majeurs, leur permettant de choisir et d’exercer leur jugement dans une grande diversité culturelle ». Encore faut-il que ce Pass culture intéresse réellement les jeunes majeurs car, en Italie, le  »bonus cultura » n’a été utilisé que par 61 % d’entre eux – sans parler des nombreux trafics que le pass a générés, ou encore la concentration des achats sur les seuls manuels scolaires.

Variations budgétaires

Si le budget global de la culture est stable, Françoise Nyssen a néanmoins annoncé une légère baisse de 36 millions d’euros pour le secteur de l’audiovisuel public en 2018, soit – 0,8 % – chiffre que conteste fermement le Bureau de liaison des organisations du cinéma (BLOC).

La jeune députée se veut rassurante, observant que ce n’est pas le domaine le plus touché et mis à mal par la sous-budgétisation : « N’oublions pas que nous avons une épée de Damoclès au-dessus de nous, car les taux d’emprunts vont être prochainement relevés… Mais cela ne dispense pas de rechercher l’efficience ! »

De nombreuses auditions ont été menées jusqu’à présent, dont celles de Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de Françoise Nyssen ou encore Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions. « Chaque séance dure trois heures, avec environ soixante-dix députés par commission. Vous n’avez que deux minutes pour poser votre question ! Ce temps de dialogue est l’occasion d’alerter les ministres sur d’éventuelles inquiétudes. »

« Le numérique bouleverse le champ économique »

Des questions sur la qualité des programmes du service public ont notamment été posées. Lorsque nous lui demandons quel est, selon elle, l’objectif du service public, tant nous savons le périmètre de cette notion variable, la députée parle simplement de « répondre aux attentes des téléspectateurs ». À aucun moment Fannette Charvier n’évoque la mission – discutée et débattue – d’émancipation et d’enrichissement que portent notamment les partisans des droits culturels, ni même la vocation – indiscutable et souvent rappelée – éducative et culturelle.

Autre sujet majeur en commission : les « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon), abordés à l’occasion de l’audition de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État du Premier ministre, chargé du numérique. Appelés aussi « Gafan », à la suite du projet d’un Netflix européen, ces géants du numérique devraient être mis à contribution pour financer le Pass culture, initiative de Matteo Renzi en Italie, qu’Emmanuel Macron avait repris dans son programme présidentiel.

L’harmonisation fiscale compte parmi les grands chantiers européens. « Le numérique bouleverse le champ économique, constate Fannette Charvier. Un Netflix européen pourrait s’inscrire dans un système vertueux, visant la protection du secteur du cinéma et de l’audiovisuel. Il est normal que des entreprises payent des taxes là où elles font des bénéfices. J’utilise moi-même Netflix… C’est une grande chance d’avoir accès à une bibliothèque de films, mais encore faut-il être vigilant sur la concurrence déloyale et mettre en place un financement équitable. »

Ainsi le gouvernement compte-t-il en partie sur les diffuseurs et les Gafan pour financer la vie en société, un objectif d’harmonisation auquel veulent s’atteler les ministres européens de la culture, conviés par notre ministre Françoise Nyssen à l’occasion de la Foire du livre de Francfort.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté


Fannette Charvier (crédits : Antoine Lamielle / Wikipédia)



 

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