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« Forgiven » de Roland Joffé : une ode éprouvante et poignante à notre humanité

« Forgiven » de Roland Joffé : une ode éprouvante et poignante à notre humanité
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Le réalisateur anglais Roland Joffé n’est pas le premier à s’être intéressé au sujet de l’Apartheid. Goodbye Baffana, Invictus ou encore Malcolm X ont déjà laissé leur empreinte dans l’histoire du cinéma. Depuis hier, mercredi 9 janvier, c’est sous l’angle de la justice réparatrice que nous pouvons découvrir un moment fort de l’Afrique du sud…

Virtuose des films coups de poing, comme celui de La Déchirure sur le génocide cambodgien. Passionné de vérité dès son premier succès, Mission, le réalisateur déjà oscarisé a encore visé juste au sujet de l’Afrique du Sud. Après avoir vu Forgiven, vous ne vivrez peut-être plus le pardon de la même manière.

En 1994, l’Afrique du Sud vient à bout de l’Apartheid, laissant un peuple divisé, exsangue, les Noirs d’un côté, les Blancs de l’autre. La guerre civile risque de tout enflammer. Caméra “steadicam” au poing, l’image est vive, urgente, pour capter le mouvement suscité par la commission “Vérité et Réconciliation” lancée par Nelson Mandela. L’archevêque Desmond Tutu prend la charge de ce tribunal à l’issue encore incertaine. La justice réparatrice est sans doute la seule à pouvoir apaiser la douleur. Il se confronte au cynisme du meurtrier raciste Bloomfeld, qu’il rencontre en prison dans l’espérance d’obtenir sa repentance, en échange de sa libération.

Le pardon, un rapport de force inversé

Des faits innommables, comme pour toute nation gagnée par la violence, ont presque eu raison du pays. Mais Roland Joffé se concentre sur des destins individuels pour mieux comprendre comment on peut devenir ce bourreau sans âme ou cette victime qui pardonne – comment on a le choix de devenir l’un ou l’autre aussi –, à travers les exemples de Bloomfeld en prison, d’une mère qui recherche toujours le corps de sa fille assassinée, de Desmond Tutu lui-même, certes archevêque mais homme avant tout, qui doit être le relais de ce mouvement vers le pardon, voulu par Nelson Mandela, et le porter jusqu’à sa réussite.

Et de se rendre compte que, sans le soutien du peuple sud-africain, la commission aurait pu s’essouffler. Telle est la force de ce peuple envers les Afrikaners, sa victoire contre les atrocités. Ce qui doit nous faire croire à la scène finale, bien réelle, qu’on ne peut reléguer au rang d’un bon sentiment de film de cinéma.

Tourné en grande partie dans la prison même où Nelson Mandela fut enfermé durant plusieurs années, le film confronte immédiatement le thème de la violence à celui de la liberté. L’univers carcéral est à l’image des symptômes de l’Apartheid : brutal, corrompu et soumis à la loi du plus fort.

Deux acteurs de talent se font face : Eric Bana (Munich, Star Trek) en assassin irrévocable et Forest Whitaker (Le dernier roi d’Écosse, Le Majordome) en archevêque accroché à l’espoir. Roland Joffé saisit le spectateur par un effet miroir et par la confusion de sentiments complexes ; il ne l’épargne pas jusqu’à parvenir à l’allègement final.

Réaliste, éprouvant et poignant, ce long-métrage rend notre humanité sublime et l’Afrique du Sud toujours plus admirable. Encore un de ces films qui comptent pour demeurer conscient, dont les scènes restent en mémoire longtemps.

Louise ALMÉRAS

 



Roland Joffé, Forgiven, Grande-Bretagne, 115mn

Sortie : 9 janvier 2018

Titre original : The Forgiven

Genre : drame

Classification : non renseigné

Avec : Forest Whitaker, Eric Bana, Jeff Gum, Morne Visser, Thandi Makhubele, Terry Norton, Rob Gough, Debbie Sherman, Osbert Solomons, Warrick Grier, Nandiphile Mbeshu, David Butler

Scénario : Michael Ashton, Roland Joffé

Photographie : William Wages

Musique : Zethu Mashika

Distribution : Saje distribution

En savoir plus sur le film avec CCSF : Forgiven

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