Lieu de préservation du patrimoine, de transmission et d’invention, abri poétique pour les artistes situé au cœur des vignes, dans le village de Pernand-Vergelesses en Côte-d’Or, la Maison Copeau est ce lieu où, parfois bien avant le jeu, viennent balbutier les idées et naître les projets artistiques. Présentation.

En plus d’être un laboratoire de création où se réinvente le théâtre depuis plusieurs générations, l’authentique demeure labellisée « Maison des Illustres » par le ministère de la Culture en 2014 organise chaque année en octobre les Rencontres Jacques-Copeau, réunissant amoureux du théâtre, étudiants et professionnels.

Une histoire de décentralisation théâtrale

Il s’agit de la maison de famille de Jacques Copeau, homme de lettres, fondateur du théâtre du Vieux-Colombier à Paris et qui, dans les années 1920, choisit le village de Pernand-Vergelesses, tout près de Beaune, pour s’installer et approfondir son projet de rénovation dramatique.

Ce patrimoine théâtral fut bien gardé puisque la maison a ensuite appartenu à l’actrice et fille de Copeau, Marie-Hélène Dasté – dont l’époux, Jean Dasté, fut le fondateur de la Comédie de Saint-Étienne en 1947 –, puis à Catherine Dasté, comédienne, metteure en scène et petite-fille de Jacques. Jean-Louis Hourdin, comédien et metteur en scène, racheta la maison en 2004 pour en faire un abri dédié à la transmission et à la création théâtrale.

Cet endroit où s’est forgée l’idée d’un théâtre nouveau a vu s’initier de nombreux projets : « Toute son histoire est liée à la création, résume l’écrivain et metteur en scène Ivan Grinberg, actuel directeur du lieu. La manière d’être fidèle à l’esprit de ce lieu, c’est de faire en sorte que les artistes d’aujourd’hui et de demain y trouvent leur place et y puisent les forces pour inventer. »

Un lieu de résidence minimaliste et accueillant

Si une « une pensée vient quand “elle” veut, et non pas quand “je” veux », comme l’a écrit Nietzsche dans Par-delà bien et mal, il faut un endroit suffisamment amène pour l’accueillir et favoriser l’invention : « La première chose qu’on offre, c’est une maison, un endroit fait pour se sentir chez soi, où l’on vient pour travailler et se ressourcer loin du bruit du monde », explique Ivan Grinberg.

Ainsi dans cette maison-bibliothèque les artistes sont-ils en présence d’un héritage : « On ne vient pas ici faire de la technique ; il n’y a pas de théâtre par exemple. Les compagnies – seize cette année – viennent dans un lieu porteur d’une mémoire, pour avancer sur des phases initiales d’élaboration artistique, de recherche, d’écriture ou de travail au plateau quand un équipement scéno-technique élaboré n’est pas requis. »

L’association fonctionne avec 80 % de subventions publiques et 20 % de ressources liées aux actions de formation et aux frais de résidence. Les artistes sont nourris et logés dans les dépendances qui entourent la maison, lesquelles peuvent accueillir une quinzaine de personnes. Lors des sorties de résidence, l’ancienne cuverie et salle des fêtes est réquisitionnée ; un espace de travail dans l’ancienne école du village devrait par ailleurs voir le jour.

Une ouverture à toutes les esthétiques

Si, dans l’esprit de Copeau, il faut privilégier l’authenticité, s’il ne faut « ni cabotinage, ni décor, ni costume mais seulement l’acteur nu et le texte », ainsi que le rappelle Jean-Louis Hourdin, la maison n’en demeure pas moins ouverte à toutes les esthétiques.

« Ce n’est pas un musée qui figerait la pratique théâtrale, précise Ivan Grinberg. Copeau est quelqu’un qui a énormément écrit, mais qui a très peu figé ses vues dans des pratiques. Une des choses auxquelles on tient beaucoup ici est la diversité des esthétiques. On est centré sur le théâtre, mais on va avoir dans quelques semaines un stage autour du cinéma avec Jacques Gamblin. »

La maison affiche un fort intérêt pour l’émergence, ainsi que pour les compagnies déjà aguerries telles que le collectif MXM et pour certaines compagnies régionales comme, par exemple, En attendant.

Le croisement entre transmission et création

« On soutient un peu tous les stades de développement créatif, au travers notamment de notre mission d’enseignement artistique. » Cela s’étend des projets avec les établissements scolaires locaux jusqu’aux relations avec les écoles, les conservatoires et la classe du cycle d’orientation professionnelle du Grand-Chalon et Dijon.

L’événement majeur de la Maison, qui fait le lien entre transmission et création, sont les Rencontres Jacques-Copeau : elles attirent, chaque année depuis 2013, cent à cent cinquante étudiants issus d’écoles, de conservatoires, mais aussi des artistes et des chercheurs croisant le monde du théâtre et du spectacle vivant.

Les rencontres auront lieu cette année du 25 au 27 octobre, avec “L’arme du rire” pour thème. « On y parlera d’Aristophane et de Karl Valentin, de Chaplin et de Dario Fo, et on accueillera des artistes jeunes et moins jeunes travaillant la question du rire, comme Romain Nicoles, Simon Grangeat, Nathalie Fillion ou Albert Meslay. »

La Maison Copeau est donc un haut-lieu du théâtre sans théâtre ; dénudée de l’habit technique, elle n’en revêt pas moins une histoire faite d’engagement et d’invention, assurant ses trois missions essentielles que sont la préservation du patrimoine, la transmission et la création, dans un cadre cher aux artistes.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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Maison Jacques-Copeau : site internet / Facebook
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