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« La Tendre Indifférence du monde » : Esmeralda et Quasimodo au Kazakhstan

« La Tendre Indifférence du monde » : Esmeralda et Quasimodo au Kazakhstan
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La belle Saltanat (Dinara Baktybayeva) doit quitter la ferme familiale après que son père, couvert de dettes, s’y est donné la mort. Sur les conseils de sa mère malade, elle part en ville se placer sous la protection de son oncle. Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), fort comme un Turc, l’aime en silence et l’accompagne.

Tandis que Saltanat est placée face à un marché sordide, contrainte de se donner à l’associer de son oncle pour rembourser les dettes contractées par son père, Kuandyk trouve à s’employer par le chef de la mafia des fruits et légumes.

Quand on tape « cinéma kazakh » sur Google, on trouve… Borat ! Pourtant le Kazakhstan a produit quelques films, peu ou mal diffusés en France, qui méritent qu’on s’y arrête. Avec Chouga (2007), Darezhan Omirbaev a transposé Anna Karénine dans le Kazakhstan contemporain. L’Étudiant (2012) du même transpose cette fois-ci Crime et châtiment. Le Souffle (2014), un des plus beaux films que j’ai vus ces dernières années, montre l’immense plaine kazakhe dans de longs travelings sans dialogue.

La Tendre Indifférence du monde a été diffusé à Cannes en mai dans la section « Un certain regard« . C’est l’œuvre d’un réalisateur kazakh inconnu qui invoque bravement Albert Camus (auquel le titre du film est emprunté), William Shakespeare et Jean-Paul Belmondo. Mais c’est surtout à l’ironie tendre et à la violence des films de Takeshi Kitano que l’emprunt est le plus visible.

La Tendre Indifférence du monde raconte moins les amours contrariées de Saltanat et de Kuandyk, sorte d’Esmeralda et de Quasimodo centre-asiatique, qu’il ne fait le portrait sans concession d’une société post-soviétique rongée par le féodalisme. Ce milieu d’empire, coincé entre la Russie – dont les habitants parlent la langue – et la Chine – dont ils empruntent à leurs ressortissants les traits -, semble avoir hérité le pire des deux systèmes. D’ailleurs les cinémas russe et chinois contemporains nous envoient régulièrement quelques œuvres traumatisantes : qu’on pense aux films d’Andreï Zviaguintsev ou aux documentaires de Wang Bing.

Le portrait que Adilkhan Yerzhanov dresse du Kazakhstan n’est guère plus reluisant. Rien n’est épargnée à la belle Sultanat ni au fort Kuandyk : à elle la lubricité des hommes, à lui leur violence, à eux deux une société régie par l’appât du gain et l’absence de compassion. Chacun va être placé en face d’un dilemme qui les obligera à se renier : d’elle on exige qu’elle se donne, de lui qu’il sacrifie un ami. Pourtant, Saltanat et Kuandyk réussissent à rester entiers. Pas sûr que la façon tragique dont le film se termine invite à l’optimisme sur l’espèce humaine en général, et sur la glorieuse nation Kazakhstan en particulier.

Tony PARODI

 



Adilkhan Yerzhanov, La Tendre Indifférence du monde, France – Kazakhstan, 2018, 99mn

  • Sortie : 24 octobre 2018
  • Genre : animation
  • Titre original : Laskovoe Bezrazlichie Mira
  • Classification : tous publics
  • Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Teoman Khos, Kulzhamiya Belzhanova, Yerken Gubashev, Talgat Sydykbekov, Bauyrzhan Kaptagai, Nurbek Mukushev
  • Scénario : Roelof Jan Minneboo, Adilkhan Yerzhanov
  • Image : Aydar Sharipov
  • Son : Ilya Gariyev
  • Montage : Yedige Nessipbekov
  • Décors : Yermek Utegenov
  • Musique : Nurassyl Nuridin
  • Distribution : Arizona films distribution

En savoir plus sur le film avec CCSF : La Tendre Indifférence du monde

Adilkhan Yerzhanov, La Tendre Indifférence du monde, avec Dinara Baktybayeva et Kuandyk Dussenbaev



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