En janvier, puis en avril, un nouveau venu a discrètement fait son apparition sur la toile, avant de prendre, peu à peu, de l’importance : « Chacun cherche son film ». C’est la nouvelle plate-forme dédiée au cinéma. Si le site recensera, à terme, tous les films parus dans le monde entier, le focus est clairement mis sur le cinéma indépendant. Pas étonnant pour le fils du réalisateur français Éric Rohmer !

Pas étonnant non plus que Profession Spectacle ait décidé de passer un partenariat avec un si beau champion de l’indépendance : chroniques et échanges réciproques seront renforcés au fil des prochains mois.

Rencontre avec Laurent Schérer, l’héritier passionné par la transmission, et présentation de notre nouveau partenaire.



Aujourd’hui, les plates-formes se multiplient à grande vitesse, d’Allociné à Cineuropa, en passant par celles adeptes de la VàD ou encore les initiatives privées, de Nicolas Winding Refn et d’autres. Où vous situez-vous dans ce paysage ?

Nous n’offrons pas de streaming. Nous proposons essentiellement du contenu éditorial et un accompagnement, c’est-à-dire tout ce qui incite à aller voir des films, notamment au cinéma. Parce que s’il y a bien quelque chose dont j’ai horreur, c’est de me retrouver tout seul dans une salle obscure. L’idée première est venue de là : il y a des films extraordinaires qui ne trouvent pas leur public, faute de moyens pour assurer leur promotion. Ce sont ces films de qualité que nous souhaitons mettre en avant…

Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre retient votre attention ?

Nous sommes cinq dans l’équipe, avec autant de goûts différents. Nous présentons des films intéressants, en raison de leur scénario bien construit, parce qu’un thème est traité de manière pertinente, parce qu’il nourrit le débat, parce que la grammaire cinématographique est originale…

Impossible d’éviter la question qui fâche : qu’est-ce qui vous différencie d’Allociné ?

Ce que nous avons en commun avec Allociné, c’est d’être exhaustif dans le traitement technique des films : synopsis, équipe complète, date de sortie, séances programmées, etc. En revanche, nous développons une partie éditoriale et artistique originale : nous privilégions trois à cinq films par semaine, essentiellement des films indépendants, dont un fait l’objet d’un focus avec, si possible, une interview du réalisateur. Sans parler des sorties DVD, des vidéos, des séries, des dossiers thématiques…

Les internautes peuvent-ils participer ?

Nous espérons, dans un futur proche, avoir une grosse communauté qui propose des critiques. Nous en recevons d’ailleurs de plus en plus…

Privilégiez-vous l’immédiateté, en publiant par exemple systématiquement les commentaires et critiques, comme cela se fait sur Wikipédia ou Allociné ?

Non, nous modérons, car les dérapages peuvent aller vite. Nous privilégions la qualité à la quantité anarchique.

Comment le fils d’Éric Rohmer en est-il venu à rechercher son film ? Vous sentez-vous une dette familiale ?

J’ai assumé ma dette familiale en reprenant la gestion de la compagnie Éric Rohmer, la société de production créée par mon père en 1980. J’ai ainsi fait un master de production cinématographique, avant de produire un premier film qui m’a beaucoup coûté en termes de stress. J’ai réalisé que, ce qui me plaît, c’est de regarder et de partager sur les films, pas de les produire ; d’autres font ça mieux que moi.

Un goût de la transmission, par conséquent…

Je ne me suis même pas posé comme telle la question du sens de la transmission. La transmission, pour moi, c’est la vie ! Si l’on ne transmet plus rien à personne, on n’existe plus : c’est philosophique (rires). Cela rejoint d’ailleurs mon métier précédent : j’étais professeur de français. Un métier où l’on partage des visions, des connaissances… ce que j’essaie de faire aujourd’hui avec « Chacun cherche son film ».

Comment le projet a-t-il été accueilli par les organisations professionnelles ?

Dans le cinéma indépendant, tout le monde est fauché. Les seules personnes qui pouvaient éventuellement donner des sous, ce sont les distributeurs. Je suis donc allé voir un certain nombre d’entre eux ; ils m’ont tous dit : « votre projet est super, c’est ce qu’on attend, revenez nous voir quand votre site sera prêt ! » En début d’année, je suis retourné les voir pour leur présenter la nouvelle plate-forme ; ils m’ont tous dit : « votre site est super, c’est ce qu’on attendait, revenez nous voir quand vous aurez des visiteurs ! » (rires) Aujourd’hui, nous sommes pris au sérieux ; il nous reste à transformer l’essai.

Quel est votre objectif à terme ?

Je veux réunir une base de données fiable, propre et exhaustive de tout ce qui est sorti en France depuis l’origine. Nous y travaillons ardemment en ce moment et devrions y parvenir dans pas si longtemps que ça, grâce notamment à un partenariat avec l’Annuel du Cinéma, qui nous a cédé leur propre base de données. Nous recevons également de l’aide de la banque publique d’investissement (Bpi) et de l’ISAN, qui est à l’audiovisuel ce que l’ISBN est au livre.

Et le CNC ?

Ce fut bien plus compliqué, car ils ont des services différents. J’ai d’ailleurs été surpris de constater qu’ils n’ont pas de base de données cinématographique fiable, mais simplement des informations fragmentaires, notamment sur les visas.

Vous semblez aimer les bases de données !

Oui, beaucoup (rires). Je suis très minutieux, sur les fautes d’orthographe autant que sur les données. J’ai déjà repéré des dizaines d’erreurs dans les différentes bases récupérées. Ce que je veux, c’est que les personnes qui viennent sur le site aient toutes les informations – vérifiées et complètes – dont ils ont besoin. C’est valable pour les films, mais aussi pour les sociétés de production, les festivals…

Propos recueillis par Pierre MONASTIER



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Photographie de Une : Laurent Schérer (crédits : Pierre Monastier / Profession Spectacle)