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« L’École des femmes » par Gilles Droulez et ses Affamés : la farce à tout prix

« L’École des femmes » par Gilles Droulez et ses Affamés : la farce à tout prix
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La compagnie ardècho-lyonnaise Les Affamés propose une version de L’École des femmes tirant résolument vers la farce. Réduite à cinq personnages, elle commence fort, dès l’entrée de public, avant de s’essouffler un peu, faute de nuances.

Des huit ou neuf (si l’on compte le notaire) personnages que compte la pièce originelle de Molière, il n’en reste que cinq : Arnolphe, autrement appelé M. de la Souche, ses serviteurs Alain et Georgette, ainsi que – évidemment – les amants Agnès et Horace.

De la farce avant toute chose

Dès l’entrée du public, Alain, interprété par un Laurent Andary aux mimiques drolatiques, interpelle les spectateurs à coups de répliques finement choisies, extraites du texte (et du contexte), qui nous donnent à sentir d’emblée ce que la pièce a pu avoir de scandaleux au temps de Molière, celui-ci devant se défendre de ses détracteurs à travers sa Critique de l’École des femmes.

Nous comprenons dès lors le parti-pris du metteur en scène Gilles Droulez, qui interprète également Arnolphe : la farce, toute la farce, rien que la farce. Elle envahit l’espace, d’abord par la musique et les chansons interprétées par François Tantot, aux amusantes allusions grivoises, dans la plus pure tradition du troubadour, ensuite par la gestuelle et le souffle de chaque comédien.

Au centre de la scène, une grande porte mouvante ouvre sur une « chambre » en forme de petite tour, reprise à l’imaginaire du conte : la princesse prisonnière voit son baldaquin se muer joliment en cage à oiseaux. Côté cour, une régie gérée en grande partie par Laurent Andary, rythme la lumière scénique.

Nivèlement interprétatif

Fanny Corbasson et Laurent Andary tirent leur épingle de ce jeu grotesque, même si la répétition des mêmes expressions finit par rendre l’ensemble poussif. Le choix de Gilles Droulez d’interpréter Arnolphe pousse le personnage du côté du vieux barbon, à l’opposé de la mise en scène d’Antoine Vitez (1978), qui avait subtilement opté pour un comédien jeune (Didier Sandre), afin de mettre en exergue, non point la ridicule différence d’âge, mais ce que les deux rivaux amoureux – Arnolphe et Horace – ont de différent dans leur approche de l’amour, de la femme, de la vie.

Reste que Gilles Droulez ne s’en tient pas non plus à la différence d’âge : un insipide Horace lui fait face, aussi ridicule que maniéré. Telle est peut-être la plus grande trouvaille de cette mise en scène : niveler les deux hommes vers la farce – ou plus généralement, aligner tous les personnages sur le registre de la farce.

Le jeu indolent de François Tantot n’est cependant pas toujours à la hauteur, de même que Pauline Tanca est une Agnès un peu trop transparente, dont on ne perçoit jamais la profonde mutation que Molière a inscrite dans le troisième acte, la faisant passer de candide jeune fille à femme affermie. Pour ne prendre qu’un exemple : le détachement de ses cheveux intervient tard, trop tard, comme un vent de liberté rajouté de surcroît, alors que cette symbolique traditionnellement forte – il n’est qu’à se rappeler cette scène si érotique de la Bible, lorsque Marie-Madeleine essuie de sa chevelure les pieds de Jésus – aurait eu toute sa place antérieurement.

Une proposition artistique comme une promesse

Retirer la dimension de la comédie pose in fine la question de la pertinence de la farce. D’autant que les vers de Molière sont parfois escamotés dans ce vaste mouvement grotesque : ainsi les « e » muets sont-ils presque systématiquement occultés, au risque de perdre un peu de la musicalité poétique.

La proposition artistique, créée pour le Off d’Avignon, est encore en rodage ; elle mériterait d’être affinée, notamment par un mélange des genres qui permettrait d’instiller un peu de profondeur, ne serait-ce que pour renforcer le burlesque. Il y a ici comme une promesse, ou une attente… Car tous les comédiens – sans exception – laissent deviner de belles ressources. En réorientant délicatement leur jeu, ils devraient donner toute leur mesure.

Pierre MONASTIER

 



  • Création : 2018
  • Durée : 1h26
  • Public : à partir de 12 ans
  • Texte : Molière
  • Mise en scène : Gilles Droulez
  • Avec Laurent Andary, Fanny Corbasson, Gilles Droulez, Pauline Tanca, François Tantot
  • Scénographie & Lumière : Patrice Balandreaud
  • Costumes : Prêle Barthod, sous le regard amical de Marie Démon
  • Compagnie : Les Affamés

Crédits de toutes les photographies : DR

L’École des Femmes de Molière, mise en scène Gilles Droulez, Cie Les Affamés

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Tournée

– 6-29 juillet 2018 : Espace Alya – Avignon Off à 16h05

– 7 août 2018 : festival des mardis de Joyeuse

– 9 au 12 août à 21h : festival au musée en plein air, Mas Daudet de Saint-Alban-Auriolles

– 19 octobre 2018 à 20h30 : Forge de Villefort

– 12 au 14 novembre 2018 : six scolaires au théâtre de l’Ouche à Dijon, association Portes à Portes

– 16 novembre 2018 à 20h30 : espace culturel Larreko de Saint-Pée-sur-Nivelle

– 6 décembre à 20h30 : salle des fêtes de Largentière

– 7 décembre 2018 à 20h30 : salle des fêtes de Villeneuve-de-Berg dans le cadre des médiévales

– 12 avril 2019 à 20h30 : salle du Tremplin de Saint-Ambroix – Maison de l’eau scène conventionnée Occitanie

L’École des Femmes de Molière, mise en scène Gilles Droulez, Cie Les Affamés



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