Conseil n°1 : N’écrivez pas des pièces de théâtre.
Conseil n°2 : Faites autre chose.
Si vous souhaitez connaître la suite de mes conseils avisés, je vous conseille de lire ma chronique.

Arrêt Buffet

Conseil n°1 :  N’écrivez pas des pièces de théâtre.

Conseil n°2 : Faites autre chose.

Conseil n°3 : Du shopping, des repas entre amis, regarder un match à la télé, aller chercher les enfants à l’école, passer l’aspirateur, réparer le lave-vaisselle, nettoyer les vitres, se promener dans les bois, lire, jouer aux cartes, PlayStation, Netflix, Disney +, écouter la radio, tailler la haie, lancer la baballe à son chien, écouter de la musique, cueillir les champignons, chanter et puis rire.

Conseil n°4 : Ou autre chose.

Conseil n°5 : Si vous avez une légère perversion, une petite tendance sado-maso, je vous conseille l’écriture de scénarios de long-métrage.

Conseil n°6 : Ou de téléfilm.

Conseil n° 7 : Au niveau de l’humiliation, vous serez gâtés au-delà de vos espérances. Toutefois, comme toute bonne chose, il faut faire preuve de modération.

Conseil n°8 : Si vous n’avez aucun souci d’ordre financier, je vous conseille d’écrire pour la radio.

Conseil n°9 : Devenez comédien ou comédienne ! Rejoignez un collectif et ainsi vous aurez peut-être la possibilité de voir un de vos textes (tout du moins, deux, trois phrases) brouter l’herbe verte des beaux plateaux !

Conseil n°10 : Devenez metteur en scène ou metteuse en scène ! Et lancez-vous avec délectation dans l’adaptation. Car tout est bon dans l’adaptation. Les romans, les nouvelles, les films, tant que ce n’est pas du théâtre, on peut s’en donner à cœur joie. No limit !

Conseil n°11 : Vous pouvez également adapter des pièces de théâtre du répertoire classique. C’est pas interdit. D’ailleurs, la preuve, tout le monde le fait. Et il faut bien le dire, tous ces textes ont besoin d’être réactualisés. C’est écrit en alexandrins, on comprend rien.

Conseil n°12 : Si vous maîtrisez l’anglais, le finnois, le russe ou le basque (niveau cinquième, c’est déjà très bien) ou une autre langue, vous avez le droit, vous pouvez vous lancer dans l’adaptation/traduction.

Conseil n°13 : Attention, ne jamais oublier que l’adaptation/traduction ne doit concerner que les œuvres d’auteurs morts. Et enterrés depuis très longtemps.

Conseil n°14 : Il faut faire preuve de vigilance. Et surtout se méfier des ayants droit. Des personnes qui ne se sont donné que la peine de naître mais qui ont le droit de vous embêter avec de stupides questions de droits d’auteurs.

Conseil n°15 : Vive le domaine public !

Conseil n°16 : Vous pouvez également adapter votre propre pièce de théâtre. C’est très simple. Il suffit de changer le titre.

Conseil n°17 : Vous pouvez être mort.

Conseil n°18 : Un auteur mort est plus joué qu’un auteur vivant.

Conseil n°19 : Au contraire d’un auteur mort, l’auteur vivant peut se déplacer, passer un coup de fil, envoyer un courriel… Et tout ça, ça fait perdre du temps au metteur en scène, au directeur de théâtre.

Conseil n°20 : Et le temps, c’est de l’argent.

Conseil n°21 : C’est bien connu, l’auteur mort a tout son temps. Et si l’auteur a tout son temps depuis très longtemps, ça fait une ligne de moins au budget prévisionnel. (Voir conseil n°15.) Quoique… La plupart du temps, les auteurs et les autrices ne figurent pas dans les budgets prévisionnels. Ce qui pourrait vouloir dire que, dès le début, on ne prévoit pas de les rémunérer.

Conseil n°22 : Vous pouvez sortir. Aller aux réceptions, remises de prix, avant-premières, fêtes. Mais bon, comme les comédiens et les comédiennes ne parlent que d’eux-mêmes, comme les metteurs en scène et les metteuses en scène ne parlent que d’eux-mêmes et comme les auteurs et les autrices ne parlent que d’eux-mêmes, c’est très vite chiant.

Conseil n°23 : Mais vous pouvez manger et boire gratos. Ce qui, suivant les périodes, peut toujours rendre service.

Conseil n°24 : Vous pouvez adhérer à un syndicat ou à une organisation professionnelle d’artistes-auteurs. Cela vous permettra de rencontrer du monde, de vous faire un réseau, de bénéficier de bons tuyaux.

Conseil n°25 : Attention ! Il se peut que le syndicat ou l’organisation professionnelle vous demande de vous impliquer au sein du collectif, de militer, de participer à des actions militantes… Faites comme si vous n’avez rien entendu !

Conseil n°26 : Ne tombez pas amoureux ou amoureuse d’un(e) intermittent(e) du spectacle !!!

Conseil n°27 : Mais plutôt d’un ou une fonctionnaire.

Conseil n°28 : Soyez vigilants ! Évitez soigneusement les assimilés fonctionnaires et les fonctionnaires territoriaux.

Conseil n°29 : Poussez vos enfants à faire des études.

Conseil n°30 : Ne les amenez pas au théâtre. Pas de cours de théâtre. Cachez vos livres de théâtre.

Conseil n°31 : Par pitié, s’il vous plaît, n’empruntez pas le chemin de la sainteté, la voie qui mène à la béatification, l’ascenseur vers la canonisation en étant, en même temps, auteur/autrice de théâtre et intermittent(e) du spectacle. La vie d’artiste est assez dure comme ça, ce n’est pas la peine d’en rajouter.

Conseil n°32 : N’écoutez pas les conseils ! Foncez ! Écrivez ! Vivez ! Faites bouger les lignes ! Regardez au large, vivez à la marge ! De l’écran allumé au livre enluminé, de la pointe du jour à la pointe du stylo, du papier crayon, créons tous les jours, depuis toujours. Écrire est une fête !

Conseil n°33 : Dites 33… Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?

Philippe TOUZET

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Auteur de théâtre, scénariste de fictions radio, président des Écrivains associés du théâtre (E.A.T) de 2014 à 2019, Philippe Touzet tient une chronique bimensuelle dans Profession Spectacle depuis janvier 2021, intitulée : « Arrêt Buffet ».