L’impact du numérique dans l’art : une empreinte écologique (4/4)

L’impact du numérique dans l’art : une empreinte écologique (4/4)
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Il existe beaucoup de moyens pour réduire l’impact désastreux du numérique sur l’environnement. Cela va des gestes simples et quotidiens à la reconfiguration des politiques culturelles.

4e et dernier volet de la série sur le numérique dans l’art.

« Le numérique est à la fois une ressource critique et un formidable outil, soit un remède avec beaucoup d’effets indésirables », selon Frédéric Bordage, créateur de GreenIT.fr et auteur de Sobriété numérique.

Force est de constater que le numérique est tout sauf immatériel. L’univers du numérique, c’est-à-dire les terminaux, les réseaux de communication et nos usages, demande toujours plus de matières et d’énergies. Par ailleurs, le 19 janvier 2022, l’Ademe-Arcep publiait son rapport au gouvernement, Empreinte environnementale du numérique en France, qui affirme l’urgence de réduire l’empreinte environnementale du numérique.

Selon l’étude du TMNlab, « les structures qui intègrent un axe programmatique autour du numérique s’inquiètent plus que les autres de l’impact écologique caché qu’il peut générer, alors que les lieux qui affirment ne pas se préoccuper du numérique identifient la déshumanisation (58 %) et l’appauvrissement culturel (50 %) comme les principaux freins à son développement. »

Nous l’avons vu dans les précédentes parties, nombreux sont ceux qui ont choisi de numériser une partie de leurs activités : créer avec les nouvelles technologies, produire et diffuser des œuvres en ligne… Mais il est nécessaire aujourd’hui de réduire autant que possible l’impact de nos activités sur l’environnement. Comment alors faire évoluer nos pratiques numériques pour les rendre plus responsables ?

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Lire le premier volet :
Le numérique dans l’art : vous reprendrez bien un peu de numérique ? (1/4)

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Culture et numérique responsable

En novembre 2021, le Shift Project a publié le rapport Décarbonons la culture dans lequel est fait un état des lieux du secteur de la culture, et particulièrement du spectacle vivant, de l’audiovisuel, du livre, ainsi que du numérique dans la culture du point de vue des enjeux climatiques et énergétiques.

Cinq dynamiques ont été mises en avant pour encourager la décarbonation du secteur et guider les professionnels dans leurs démarches :

– relocaliser les activités : inscrire la culture au cœur des territoires et en faire un moteur pour la transition locale au travers de tous les besoins du secteur (achats, alimentation, bâtiments, énergie, mobilité et transports) ;
– ralentir : allonger la durée des déplacements des artistes pour en réduire le nombre ;
– réduire les échelles : réduire les jauges, les dispositifs techniques et les transports de matériel et des personnes, place à la désescalade de « l’événementialisation » de la culture ;
– éco-concevoir les œuvres ;
– renoncer à certaines pratiques déjà en cours et à certaines opportunités technologiques carbonées.

Ces dynamiques viennent souligner la nécessité de s’engager globalement pour une transition de nos activités culturelles et artistiques. Par leurs transversalités, les enjeux du numérique devront être considérés à chaque étape de nos projets pour favoriser des usages plus cohérents, des outils plus exigeants et plus performants, c’est-à-dire respectueux de l’environnement et accessibles à toutes et tous.

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Lire le deuxième volet :
Le numérique dans l’art : des mutations professionnelles (2/4)

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Modérer ses usages, quelques conseils

Les individus, comme les organisations, peuvent faire évoluer leurs pratiques en faveur de l’environnement. Cela passe par la mise en place d’une mesure de l’empreinte des dispositifs et outils numériques, la réduction de la fabrication et donc d’achat de matériels numériques au bénéfice du reconditionné ou de la réparation des équipements, et par une utilisation plus sobre (éviter de communiquer, de publier inutilement, réduire nos temps d’écran quotidiens, etc.).

Voici quelques conseils…

La technique des 5R permet de faire des choix plus respectueux :

– refuser ce dont je n’ai pas besoin : éviter le superflu technologique et les modèles dominants ;
– réduire ce dont j’ai besoin et que je ne peux pas refuser : réduire son empreinte numérique en limitant ses achats d’objets numériques, sa consommation électrique, sa production de données, sa présence sur l’internet ;
– réutiliser : trouver une alternative durable à ses objets fonctionnels en les réparant et aux ressources numériques déjà disponibles en les réutilisant ;
– recycler ce que je ne peux ni réparer ni réutiliser : dernier recours pour le traitement de ses objets numériques ;
– rendre à la terre : prendre soin de soi, se déconnecter du numérique pour se reconnecter à ce qui nous entoure, essaimer les bonnes pratiques autour de soi…

Prendre soin de nos appareils électroniques est le geste le plus important pour en allonger leur durée de vie et ainsi diminuer notre impact : utiliser un ordinateur durant quatre ans au lieu de deux améliore de 50 % son bilan environnemental.

Pour cela, vous pouvez…

1/ Réduire la consommation et le stockage des données

Pour allonger la durée de vie de son équipement, il est conseillé de nettoyer, trier et supprimer les données inutiles des boîtes mail, téléphones, ordinateurs, cloud.

Pour vos mails, écrivez des courriels légers, privilégiez l’instantané, réduisez la qualité des photos et vidéos que vous partagez et supprimez-les dès que possible… Quant à votre stockage de données, privilégiez le stockage en local (ordinateurs, disques dur externe) plutôt que sur un cloud.

2/ Limiter la consommation d’énergie de vos équipements

Pour limiter la perte d’énergie de vos équipements, branchez-les sur une multiprise à interrupteur qui peut être éteinte lorsque qu’ils ne sont pas utilisés. Vous pouvez également activer le « mode économie d’énergie » sur votre ordinateur, ou le « mode avion » de votre smartphone, afin d’augmenter son autonomie.

Pensez à fermer ou supprimer les applications inutilisées sur votre smartphone, à désactiver le wifi de votre box internet lorsque celui-ci n’est pas utilisé et, en cas d’absence, à éteindre l’interrupteur d’alimentation de la box internet.

3/ Utiliser la séquence éviter-réduire-compenser

Posez-vous ces trois questions, dans l’ordre, lorsque vous devez utiliser un outil numérique : est-ce que je peux éviter cette action afin de supprimer l’impact négatif ? Si non, est-ce que je peux réduire autant que possible la durée d’utilisation, réduire autant que possible l’impact de cette action ? En dernier lieu, est-ce que je peux compenser mon impact, c’est-à-dire apporter une contrepartie à cet impact négatif ?

Enfin, pour votre santé personnelle, il est essentiel de penser à se déconnecter, à limiter les temps d’écran et la consommation de vidéos en streaming. L’utilisation du mode sombre peut également réduire votre fatigue visuelle.

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Lire le troisième volet :
Le numérique dans l’art : l’empreinte sociale (3/4)

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Tendre vers la sobriété

Les enjeux du numérique et ceux de l’écologie peuvent converger. La fabrication et l’utilisation d’objets numériques engendre des impacts négatifs sur l’environnement, mais pas seulement… Nos usages peuvent également générer des impacts positifs plus importants sur notre société. Ainsi, en favorisant un usage raisonné du numérique, nous pourrions réduire son empreinte sociale, économique et environnementale.

Il semblerait que la culture soit une nouvelle fois au centre. Au travers de nos activités artistiques et culturelles, nous agissons pour le maintien du lien social, la transmission de l’héritage intellectuel, la progression des civilisations, le rayonnement de l’humanisme ; et plus encore, au-delà des enjeux économiques, pourquoi pas au nom de notre environnement ?

L’évolution des pratiques numériques encourage tous les acteurs du secteur culturel à agir en conscience, c’est-à-dire à repenser l’écosystème professionnel, imaginer de nouveaux modes de représentation, d’organisation, d’échange, de production et de médiation, pour construire ensemble les réponses culturelles et numériques de demain.

Pourquoi ne pas faire du numérique un outil collectif de résilience, plutôt qu’un facteur d’accélération et d’amplification de l’effondrement en cours ?

Laura-Lou REY

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Aller plus loin : voir la boîte à outil de l’Institut du numérique responsable.

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Lire les précédentes chroniques de Laura-Lou Rey, de l’éveilleur SCOP :
Le numérique dans l’art : l’empreinte sociale (3/4)
Le numérique dans l’art : des mutations professionnelles (2/4)
Le numérique dans l’art : vous reprendrez bien un peu de numérique ? (1/4)
La participation : si on changeait de posture ? (2/2)
La participation : évolution des pratiques (1/2)

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Porteuse d’un projet intermédiaire, la coopérative avignonnaise l’éveilleur se définit comme un trait d’union entre les arts, l’écologie et le numérique. À la recherche d’un équilibre du vivant, les membres de la SCOP s’inscrivent dans une dynamique de changement écologique et social au cœur d’un écosystème créatif par l’expérimentation et l’innovation. L’éveilleur souhaite faire rayonner la participation citoyenne sur son territoire pour favoriser l’expression de chaque singularité et l’émancipation individuelle et collective. L’éveilleur tient une chronique mensuelle dans le journal Profession Spectacle depuis octobre 2021.


 

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