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Marion Folliasson, l’âme d’Avignon Off

Marion Folliasson, l’âme d’Avignon Off
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Marion Folliasson ? Elle est ici et déjà ailleurs ; elle est la Google du festival Off, celle qui a réponse à toutes les questions, des accréditations à la gestion du personnel. « Marion, c’est notre rustine, notre couteau-suisse », nous confie admiratif un membre du conseil d’administration de l’association Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui pèse aujourd’hui près de 200 compagnies et une cinquantaine de théâtres.

Le matin, la jeune trentenaire déboule avant les premières réunions, va éteindre quelques foyers agacés par un quelconque rouage grinçant dans l’organisation et revient aussitôt prendre soin de son équipe, quand elle n’est pas arrêtée tous les deux mètres par des artistes qui la saluent chaleureusement. Même notre (trop) court entretien est entrecoupé de visites impromptues, auxquelles l’administratrice générale se plie joyeusement.

Un travail d’équipe pour un labeur démesuré

Comment tient-elle ? Nous l’ignorons ; elle aussi. Nous la croisons encore à deux heures du matin au Village du Off, en plein concert. « Elle est très impressionnante, nous confie un autre membre élu d’AF&C. Sans elle, le festival ne pourrait pas fonctionner aussi bien. »

« Ce n’est pas que moi, reprend-elle aussitôt. Toute l’équipe est passionnée, elle est en or. » Telle est Marion, la cheville ouvrière, le cœur battant, l’âme du festival.

Bien que née en Picardie, elle arrive à Avignon, patrie d’origine de sa famille, alors qu’elle n’a que deux ans. « Quand je suis née, il faisait moins vingt ! », nous confie-t-elle dans un éclat de rire si caractéristique. Difficile d’imaginer cette chaleureuse vivante dans le froid. Avignon lui correspond mieux : elle y fait toute sa scolarité, jusqu’à l’université où elle est diplômée en culture et communication.

À l’origine, Marion Folliasson est plutôt musicienne, avec « dix ans de synthé » à son actif, avant de se tourner vers la radio associative RAJE. « J’étais passionnée et faisais beaucoup d’heures de bénévolat. » Lors de sa première année de faculté, elle signe pour un contrat de 30 heures.

Découverte du festival et d’AF&C

En 2006, dans le cadre de la radio, elle fait un plateau au théâtre du Chêne Noir en partenariat avec RFI. « C’est là que j’ai vraiment côtoyé pour la première fois le festival de près. » Fin d’études rime avec recherche de stage. Elle tape à la porte du théâtre Le Chien qui fume : Danièle Vantaggioli lui ouvre les portes de la toute jeune association AF&C, créée l’année précédente.

« C’était une association fragile, avec une seule salariée, se souvient Marion. Quand je suis arrivée, Danièle était d’accord pour me prendre comme stagiaire, sans trop savoir quoi me faire faire. » À l’époque, seule la ville soutient l’association, alors que le Off accueille déjà près de 600 spectacles. À la fin du festival 2007, elle est embauchée. Son travail consiste essentiellement en la conception du programme et la gestion des cartes d’abonnement.

Les premières années sont loin d’être faciles. « Il y avait beaucoup de tensions à cette époque, avec deux associations… AF&C ne faisait pas l’unanimité. La gestion était chronophage, les paiements se faisaient par chèques… Nous avons donc mis en place tout le système par internet. Ce fut très compliqué car les artistes n’y comprenaient alors rien. »

La mort soudaine d’André Benedetto, en plein festival, le 13 juillet 2009, ne facilite rien. « Personne ne s’y attendait. Ce fut un vrai choc pour tout le monde. » Un choc qui engendre la peur de voir se réveiller des anciennes querelles, sans compter la fragilité économique, une menace de procès liée à la succession, des difficultés à trouver un attaché de presse pour défendre l’association…

Au cœur d’enjeux successifs

L’élection de Greg Germain apporte un nouveau souffle. « Greg a fait un gros travail de structuration et de représentation, martelant que le festival d’Avignon est le seul endroit pour une jeune compagnie de se produire devant des professionnels et du public… »

C’était vrai en 2009 ; cela ne l’est plus tant que ça en 2015, lorsque Raymond Yana succède à Greg Germain, avec une grande partie de l’équipe actuelle. Ce ne sont plus 600 spectacles, mais plus de 1 300 spectacles présents dans le Off. « Il y a eu la reconnaissance du fait que les artistes ne trouvent pas forcément leur compte ici, qu’ils ne sont pas tous rémunérés… Cette reconnaissance de la précarité des artistes a été la première pierre du changement de regard de certaines institutions sur l’association. »

C’est à cette même époque, en 2016, que Marion est nommée administratrice générale, en charge de l’équipe de sept permanents. Son travail ? Encadrer l’équipe permanente toute l’année, et les quelque soixante-dix saisonniers durant le festival, faire des dossiers de subventions… bref, « beaucoup de paperasse et d’administratif » !

L’impulsion donnée par Raymond Yana s’accompagne d’une envie de transparence sur le fonctionnement et les comptes de l’association. « Il n’y avait rien à cacher, mais aucun compte n’était montré, ce qui donnait lieu à tout un tas de légendes urbaines infondées. »

Le TGV Pierre Beffeyte

Pierre Beffeyte est élu président de l’association en janvier 2017. Tout s’accélère, les projets abondent, sans pour autant que la communication ni la pédagogie ne suive. Pourtant, l’association n’a de cesse d’enrichir son offre aux adhérents : consultante juridique à l’année, présentation annuelle des bilans sous le contrôle d’un commissaire aux comptes…

« Comme nous sommes peu nombreux, il faut être multitâche » : cela va de la mise à jour du site internet aux représentations institutionnelles, en passant par la supervision de tous les projets de l’association, de plus en plus nombreux depuis un an et demi. « J’aime ce que je fais. Mais vu le nombre de projets aujourd’hui, nous ne sommes pas assez. Il n’y a pas d’emploi fictif : nous sommes tous à 200 %. »

En septembre, ce sont les bilans ; octobre et novembre sont consacrés à l’assemblée générale, décembre lance concrètement le festival, entre premières inscriptions et déplacements en région… sans parler des probables Assises du Off en janvier 2019, nouvelle initiative visant à rassembler tous les acteurs du festival pour améliorer toujours plus et co-construire l’événement

Il n’y a ainsi guère de temps libre pour la jeune administratrice générale, à l’heure du TGV Pierre Beffeyte, lancé à toute vitesse vers la professionnalisation. À côté de l’association, « je n’ai pas trop de vie et guère de temps libre. C’est difficile d’avoir une vie normale à côté de ce festival, parce que je suis investie, trop probablement ».

Course solitaire et contacts humains

Ses activités sont simples : l’équitation, une passion de jeunesse reprise il y a deux ans, et la course à pieds « île de la Barthelasse, pas dans Avignon ni autour des remparts, car on serait capable de m’interrompre tous les kilomètres, poursuit-elle en riant. Ici, c’est très dur d’avoir un peu d’intimité », au moment précis où un visiteur interrompt notre entretien pour la saluer.

« Ce que j’aime le plus, c’est le contact humain, les échanges avec les artistes et les compagnies, découvrir les projets… et avoir des retours positifs ! » De nouveau, un éclat de rire. « On entend des critiques incessantes et mensongères sur l’association, et c’est très usant. Je ne sais pas ce que cherchent les gens qui font ça. Nous, on essaie de créer des cercles vertueux : le fonds de professionnalisation, tous ces rendez-vous avec les régions, au cas par cas, structure par structure, pour que les artistes soient décemment payés… Alors, c’est sûr que ça fait du bien quand on nous remercie. »

Une nouvelle initiative : le campus international

Cette année, avec la première édition d’un campus international, l’association AF&C gère un lieu en propre. Concurrence déloyale avec les autres théâtres ? Conflit d’intérêt ? « Non, répond sans hésiter Marion. Il ne s’agit pas d’un théâtre de plus, mais d’une opération menée avec l’université et la ville d’Avignon. L’enjeu est d’accueillir des spectacles étrangers, choisis par des organismes partenaires : nous ne choisissons donc pas les pièces, contrairement aux théâtres avignonnais. La seule condition est qu’ils s’engagent à programmer au moins un spectacle du Off dans leur festival ou un théâtre qu’ils gèrent. »

Un échange de bons procédés, afin d’ouvrir la voie internationale à des compagnies françaises qui n’en auraient pas l’accès sans une telle opportunité. Trois spectacles étrangers ont été accueillis cette année dans la salle d’escalade de l’université, à Sainte-Marthe : le lauréat du festival italien Milano Off, un spectacle polonais invité par l’association 10 sur 10 et un dernier argentin programmé par le biais de l’Institut Français. Depuis la mise en place de ce lieu, de nombreux organismes internationaux frappent à la porte, preuve qu’il y a une attente.

Quand on lui demande ce qu’elle souhaite pour l’avenir, personnel et professionnel, elle commence par un grand éclat de rire : « Je souhaite déjà finir ce festival vivante ! Plus sérieusement, je souhaite qu’on continue à avoir de beaux projets, mais que nous ayons plus de forces vives. Car ce qui se passe en ce moment est magnifique… mais il y en a trop. Et à vouloir faire beaucoup de choses, on survole. »

Cette phrase intervient au moment où l’on vient la chercher, pour le rendez-vous suivant. Un baiser rapide, et la voilà qui repart en courant et… en riant. L’âme du Off, écrivions-nous.

Pierre MONASTIER

Marion Folliasson Avignon Festival & Compagnies AF&C



 

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