Notre chroniqueur Philippe Kaminski souhaite ses vœux, en bon français, cela va de soi, mais également avec un jeu concours sous forme d’énigme et champagne à la clef… De quoi répondre sympathiquement à la morosité ambiante !

Actualités de l’économie sociale

Bonjour à toutes et à tous

Ou bien :

Bonjour à tous et à toutes…

Je ne sais pas trop dans quel sens j’ai envie de tourner la formule. Est-ce que la préséance doit aller au premier cité, ou au contraire à la fin de la phrase ? Les deux options se défendent. Prenez donc celle qui vous place, selon votre goût, dans la position la plus favorable.

En tous cas, je ne comprends pas les grincheux qui rejettent l’une et l’autre formule, prétextant que tous suffit seul puisque, jouant le rôle d’un neutre pluriel, il englobe tout le monde, les dames comme les messieurs. Et même les demoiselles. Et alors ? Ajouter un toutes n’est pas le signe d’une ignorance de la grammaire, ni un pont jeté vers la ridicule écriture inclusive. Ce n’est qu’un geste d’attention portée à autrui, de raffinement, de galanterie, toutes choses qui ne vont pas sans une certaine redondance de l’expression et du langage. Un mets artistiquement décoré, servi dans une jolie vaisselle, ne vaut-il pas mieux que le même livré dans un emballage en carton ?

Notamment pour un repas de fête. Car là encore, les mêmes grincheux de la langue sont à l’ouvrage. Quoi ! me reprennent-ils, vous aussi, vous souhaitez à vos amis de « Bonnes Fêtes » ? Vous avez honte de prononcer le mot de Noël ? Nos fêtes ont un nom, nommez-les !

Ces procès d’intention me laissent de glace. Certes, je sais bien qu’il existe des cuistres qui, pour ne pas risquer d’offenser leurs amis musulmans, sont prêts à toutes les contorsions de langage et de mœurs, mais cela ne va pas m’empêcher de trouver agréable l’expression « Bonnes Fêtes », surtout quand j’entends résumer dans un même terme la célébration de la Nativité et celle du Nouvel An.

Je ne me souviens pas de l’avoir jamais lue ou entendue au temps de mon enfance ; la première fois qu’elle m’a frappé l’esprit, c’était au début de ma vie professionnelle. Un vieux monsieur m’avait adressé une lettre, dactylographiée par son accorte secrétaire, qui se terminait ainsi. Et j’avais trouvé l’expression, nouvelle pour moi, d’autant plus sympathique que je l’avais associée, plus ou moins consciemment, à la charmante personne dont les doigts de fée avaient, par simple contact avec un clavier qui n’était probablement pas encore électrique, provoqué l’impression sur le papier. Depuis, j’aime à mon tour souhaiter tout autour de moi de « Bonnes Fêtes » et ce ne sont pas les remontrances de quelques bigots aigris qui vont me faire changer d’habitude. D’autant que l’expéditeur de la missive était un bon catholique qui aurait sans doute été effaré par ce que j’entends aujourd’hui.

J’essaye en toutes choses de défendre et de faire rayonner la langue française, et je dois constater amèrement que, bien souvent, ceux qui lui font le plus de tort sont ceux qui croient la servir mais qui ne font que l’enfermer dans un carcan de contraintes rigides, stériles et nostalgiques.

Mais revenons à l’An neuf. Je compose cette chronique aux dernières heures de 2020 mais, quand vous la lirez, nous serons bel et bien en 2021. Et comme à chaque nouveau passage de décembre à janvier, les vœux circulent. Et ce n’est pas parce qu’ils sont désormais, presque tous, dématérialisés, qu’ils ont gagné en originalité. Dans les circonstances que nous traversons, que peut-on souhaiter à son prochain ? Une année meilleure que celle qui vient de s’écouler, c’est un minimum qui n’engage pas à grand-chose, mais peut-on se risquer à aller au-delà ?

Jadis, pour donner un peu de consistance et de singularité à la routine de l’envoi de mes vœux, j’avais pris coutume d’adjoindre à ceux-ci une énigme associée au nouveau millésime. Puis l’énigme est devenue concours. Avec le développement d’internet, le concours est devenu à son tour un grand concours en ligne doté de merveilleux prix qui étaient des bouteilles choisies dans ma cave. Cette belle tradition s’est interrompue lorsque, faute d’inspiration, mon esprit s’avéra incapable de trouver une énigme dont le principe n’ait pas déjà été utilisé une année précédente.

Les meilleures choses ont une fin, dit-on pour se consoler. Mais la COVID me commande aujourd’hui d’en reprendre le fil. Il faut une réponse à la mesure de la morosité ambiante ! Ce ne sera plus un grand concours, mais un superméga concours. Au diable l’avarice. J’ai choisi pour le premier prix un magnum de Savagnin de 1997, appellation l’Étoile. Rien de plus somptueux. Il faudra au moins une poularde aux morilles pour l’accompagner, mais un chapon sera encore mieux indiqué. Pour le second prix, je me suis tourné vers la production familiale et je vous propose un blanc de 2017, la « Coulée d’Aunis », issu de pur Chenin récolté à Champigny, l’égal des meilleurs Savennières. Quand vos Sant-Jacques sauront qu’il trône sur la table à côté d’elles, elles refuseront à jamais tout autre partenaire. Et pour la médaille de bronze, place aux douceurs : un Moscatel de Setubal, dont je vois les vignes de la fenêtre de mon grenier.

Voici pour les réjouissances. Ceci dit, je ne prends aucun engagement sur les modalités de livraison des prix. Nous verrons bien ce que les confinements et autres couvre feux nous permettront.

Et maintenant, la question à laquelle il vous faudra apporter une réponse argumentée pour gagner un prix, si vous êtes dans les trois premiers à apporter la bonne réponse.

Le passage à l’année 2021 me conduit à choisir, parmi les 36 000 communes de France, deux villages remarquables. Il vous faudra les situer ; pour l’instant, appelons les A et B. L’église du village A s’appelle Saint-Maur. La question est simple : quel est le nom de l’église du village B ?

Vous disposez de trois indications complémentaires, qui suivent. Mais vous pouvez fort bien vous en passer ; ce sont plus des vérifications qu’autre chose.

Premier élément : le village A est étroitement associé à un personnage féminin célèbre, guillotiné sous la Terreur. Je rêve souvent de me transporter à son époque, de la rencontrer, de la séduire et de devenir son amant préféré. Il est vrai que quand on regarde ses portraits, ou son buste, il ne reste plus qu’à se damner.

Second élément : les deux villages sont distants de 629 kilomètres, par la route la plus courte qui traverse le Massif Central.

Troisième élément : le nom du saint patron recherché est à deux syllabes.

À vos méninges ! Et c’est beaucoup plus facile que ce n’en a l’air. Quoi qu’il en soit, bonne année !

Philippe KAMINSKI

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* Spécialiste de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France, le statisticien Philippe Kaminski a notamment présidé l’ADDES et assume aujourd’hui la fonction de représentant en Europe du Réseau de l’Économie Sociale et Solidaire de Côte-d’Ivoire (RIESS). Il tient depuis septembre 2018 une chronique libre et hebdomadaire dans Profession Spectacle, sur les sujets d’actualité de son choix, afin d’ouvrir les lecteurs à une compréhension plus vaste des implications de l’ESS dans la vie quotidienne.