Dans un message public publié aujourd’hui sur son compte Facebook, Richard Brunel s’interroge sur l’insistance des publications annonçant la disparition des politiques culturelles publiques, telles qu’elles furent conçues par André Malraux et son ministère de la culture ; le metteur en scène et directeur de la Comédie de Valence met en avant leur importance dans le cadre de l’institution qui lui a été confiée. Nous reproduisons ce message pour nourrir le débat public/privé qui n’a jamais été autant d’actualité.

Retranscription : « La démocratisation culturelle, mythe ou réalité ? »

La chronique insistante (médias, publications) annonçant l’essoufflement ou la mort de la grande ambition de démocratisation culturelle et la caducité de ses outils épouse étroitement le discours dominant qui prétend en finir avec « Les jours heureux », le modèle social issu de la Résistance. Ce discours s’est fait particulièrement virulent avec la période Sarkozy. Il reste, dans une tonalité résignée, celui de la période Hollande.

La grande ambition nationale de la démocratisation culturelle se joue aujourd’hui localement, dans les relations qui se nouent – ou pas – entre artistes, animateurs et élus. Cette situation est amplifiée par l’absence de ligne et d’engagement intellectuel et financier de l’État. La Comédie de Valence, Centre dramatique national (État, ValenceRomansAgglo, Région Auvergne-Rhône-Alpes, départements Ardèche et Drôme) met en œuvre depuis sa fondation en 1997, un programme de décentralisation dans les départements. La Comédie itinérante affiche cette saison, sept spectacles et plus de 100 représentations dans une soixantaine de lieux, essentiellement en milieu rural, avec le relais de 120 correspondants locaux. Cela s’ancre dans une relation suivie qu’entretient la Comédie de Valence avec plus de 250 partenaires, des établissements scolaires aux associations, des structures de santé à la prison. Au cœur des communes rurales, la présence de la Comédie itinérante crée un lien indispensable dans un habitat dispersé, sur la base d’un théâtre d’art et non pas d’une œuvre sociale. Ces résultats remarquables buttent sur les limites du financement : la démocratisation culturelle a un coût, que toutes les tutelles ne sont pas prêtes à financer et particulièrement l’État. La démocratisation culturelle tient, à Paris, à une politique tarifaire pratiquée par les établissements publics. À Valence, et ailleurs dans les régions, elle tient à la présence active et constante d’artistes là où vivent les gens, et au partage, entre eux, d’une utopie artistique. Ainsi la scission traditionnelle entre artistes et public s’efface-t-elle au profit d’un dialogue véritable, non plus, sur un objet mais sur un enjeu commun.

Les accusations d’élitisme, souvent faites aux centres dramatiques par des gens qui ne les fréquentent pas, disparaissent dans ce partage, comme disparaît le rapport marchand de consommation culturelle. La démocratisation culturelle, ainsi pensée sur la base d’un partage de l’art, devrait constituer le cœur d’une redéfinition, nécessaire et urgente, d’une politique de la culture publique qui contribue à créer les conditions d’une société ouverte.

Richard BRUNEL

Metteur en scène – Directeur de La Comédie de Valence


Photo de Une – Richard Brunel (source : capture d’écran Youtube)