Profession Spectacle avait annoncé, en juillet dernier, la nomination de Florian Oliverès à la tête de Scènes Croisées de Lozère. Dans son projet de candidature pour l’institution, l’ancien directeur artistique du festival Détour du Monde affichait notamment sa volonté d’ancrer son action dans les territoires, autour d’une dynamique partenariale collaborative, et de soutenir la création par un renforcement des moyens de production aux équipes artistiques et le développement des résidences d’artistes. Rencontre avec un jeune directeur passionné par sa région.

C’est à dix-sept ans que ce Lozérien franchit les portes des Scènes Croisées et rencontre le directeur de l’époque, Jean-Pierre Siorat. « C’est avec une certaine émotion que je suis rentré dans le bureau le premier septembre », confie le nouveau directeur avec simplicité. À l’époque, Florian Oliverès n’a pas l’ambition de passer de l’autre côté du bureau : il souhaite simplement entrer dans le monde des arts et de la culture et commence un double parcours.

En parallèle d’un investissement actif dans le bénévolat culturel, qui le conduit à monter une association de diffusion de spectacles, il suit un cursus d’études plus techniques de management et de communication numérique à Mende. Fort de ces expériences, il est employé à la Verrerie d’Alès, lieu de création de spectacles de cirque, avant de prendre la direction artistique du festival Détour du Monde qui élira président, en 2014, un certain… Jean-Pierre Siorat.

Du lien, encore du lien, toujours du lien

C’est avec la conviction qu’il faut renforcer le maillage culturel territorial qu’il postule à la direction des Scènes Croisées de Lozère. Afin de mener à bien sa mission, il compte sur son expérience pour dialoguer au mieux avec les responsables des structures culturelles. Il pense en effet qu’une bonne « co-construction » avec eux soulignera la cohérence de la mission de service public.

Deux sujets l’animent : le premier – et le plus important – consiste à faire le lien entre la culture, les élus et les acteurs culturels. « Je souhaite apporter aux élus un éclairage possible sur la politique culturelle qu’ils devraient mener, sur les choix culturels qu’ils devraient faire et qui iraient dans le sens de l’intérêt général de la culture. »

Le second, plus personnel, réside dans son projet de « maillage entre les partenaires sur le territoire » ; il souhaite en effet renforcer les liens avec les acteurs sociaux, les éducateurs, les enseignants, tout en maintenant l’équilibre esthétique entre les différents arts vivants dans la création. Cela commence, pour lui, par l’obtention du label « scène conventionnée » du ministère de la culture – déjà acquis par le passé.

« Les droits culturels sont une obligation, pas un choix ! »

Lorsque nous l’interrogeons sur les droits culturels, que Profession Spectacle met en avant article après article, Florian Oliverès n’a pas une seconde d’hésitation : il les défend également depuis longtemps. En effet, il a travaillé avec le réseau Zone Franche – réseau de Musique du Monde sur les diversités et les droits culturels, en mettant notamment en place des conférences et des débats sur ces questions, au Silo à Toulouse et à Montpellier.

Son défi actuel est de faire entrer les droits culturels autant dans le cadre d’interventions que dans la liste des compétences que construisent les intercommunalités pour janvier 2018. « Je milite pour qu’on relise les décrets sur les droits culturels et qu’on puisse comprendre qu’ils ne sont pas un choix, mais une obligation », répète-t-il d’un ton décidé. Concrètement, s’il continuera de mener des groupes de réflexion, il travaillera aussi auprès des élus et des acteurs culturels.

Public / Privé

La place croissante des propositions artistiques privées ne l’effraie pas. Ce sujet touche selon lui tous les secteurs, et pas seulement celui de la culture ; au sein même des services publics liés à la culture, certains font déjà des va-et-vient entre la variété et la création. C’est pourquoi il prévoit de rappeler le cahier des charges clairement établi : soutenir l’acte de création contemporaine dans chaque esthétique, gage de qualité artistique selon lui.

En entretenant et en nourrissant le lien entre les acteurs culturels, par intercommunalités ou par micro territoires, Florian Oliverès souhaite donner une plus grande force au projet public. Il considère sa candidature à la tête des Scènes croisées comme le premier geste de soutien des services publics et veut soulever la même énergie dans son équipe. C’est par la cohérence de ses projets et l’aide d’une équipe résolue qu’il veut défendre les services publics auprès des élus.

Joséphine RABANY

Correspondante Occitanie


Photo de Une – Florian Oliverès (crédits : Caroline Gaillard)