Leur récente célébrité les a propulsés sur le devant de la scène britannique : Ross Ainslie et Ali Hutton ont en effet été nommés « meilleur duo folk » de l’année par la BBC. Le moins que l’on puisse dire est que ce duo, avec un complice à la guitare, n’a pas perdu de son enthousiasme ; il n’a qu’une seule hâte : conquérir le public français ! En attendant leur concert au festival Interceltique de Lorient et la sortie d’un nouvel album à Noël, nous les avons rencontrés.

Avant que vous ne gagniez le prestigieux concours de la BBC dans la catégorie duo, comment vous êtes-vous connus et qu’est-ce qui vous a poussés à travailler ensemble ?

Ali Hutton – Oh, c’est une longue histoire ! Vous avez combien de temps ? (rires)

Ross Ainslie – Nous avons tous grandi au sein d’un ensemble, d’une scène : le Pipe Band, dirigé par Gordon Duncan, bien connu du public français puisqu’il a remporté à plusieurs reprises le Trophée Macallan au festival Interceltique de Lorient. C’est un peu l’équivalent d’un conservatoire en France : nous commençons tout jeune et, petit à petit, nous gravissons les échelons ; lorsque nous nous sommes rencontrés, au milieu des années 1990, nous avions ainsi une douzaine d’années.

Ali Hutton – Pour intégrer des ensembles de meilleure qualité, plus prestigieux, il n’y a qu’une solution : être bon. Alors nous travaillons beaucoup, dès le plus jeune âge.

Ross Ainslie

Qui juge de vos progrès ?

Ross Ainslie – Des vieux qui portent des jupes ! (rires).

Ali Hutton – Des anciens pas très sages ! (rires)

Ross Ainslie – Plus sérieusement, les juges sont nos professeurs, surtout ceux qui dirigent des ensembles ; ils décident s’ils te prennent ou non, regardent si tu as les capacités d’aller plus loin musicalement… Nous avons la chance d’avoir de véritables maîtres en Écosse, qui gardent la tradition musicale intacte tout en essayant des incursions dans le monde contemporain. Notre génération tente de prolonger davantage ce mouvement.

Quand avez-vous décidé de créer votre duo ?

Ross Ainslie – Nous venons d’une partie de l’Écosse où la musique folk est quasiment inexistante. Il n’y a pas, du côté de chez nous, de scène folklorique importante.

Ali Hutton – Le professeur qui dirigeait le Pipe a vu en nous des capacités et nous a initiés à plusieurs instruments. Il a favorisé cette polyvalence, tant sur le plan instrumental que sur celui musical, en nous faisant découvrir des sonorités issues de diverses traditions celtiques. Cette diversité a considérablement élargi notre répertoire.

Ross Ainslie – Tout au long des années, nous avons joué dans plusieurs ensembles – notamment un qui rassemble douze musiciens, mais avec lequel nous n’avons jamais eu l’opportunité d’enregistrer un album. Si nous faisons toujours partie de cet ensemble, nous avons également décidé de créer notre duo l’an dernier. C’est une création récente !

Ali Hutton

Pour autant, votre duo a atteint une grande notoriété en Grande-Bretagne, en quelques mois. Que s’est-il passé ?

Ross Ainslie – Nous avons enregistré un album, qui a été nominé par les auditeurs de la BBC. Des milliers de Britanniques nous ont plébiscités… Tout est parti de cet album. Pour remporter le concours de la BBC, il faut produire une musique de grande qualité, qui n’a rien de commercial : ce n’est pas « The Voice » ou « Britain’s got talent » !

Ali Hutton – Notre victoire fut une véritable surprise, une belle surprise. C’est une reconnaissance de notre travail, car la récompense est généralement donnée à des musiciens qui ont des années de pratique derrière eux. Nous avons gagné en visibilité, si bien que les propositions affluent. C’est d’ailleurs la raison de notre présence au festival Interceltique de Lorient.

Aujourd’hui, vous êtes trois sur scène. Avec Steven Byrnes, qui fait également partie de l’ensemble à douze, vous formez dorénavant un trio…

Ali Hutton – Oui, c’est une nouvelle étape dans notre chemin musical. Nous travaillons à un nouvel album, qui sortira à Noël prochain. Dans le précédent, nous avons surtout enregistré des musiques douces ; c’était un mélange de mélodies que nous avions envie de partager. Il est toujours difficile d’analyser les raisons de tel ou tel choix… Ce n’est souvent pas réfléchi. Nous suivons les appels que nous ressentons successivement. Nous souhaitons maintenant développer notre musique, plus exactement ce son si particulier que nous avons réussi à créer : plus rapide, plus en profondeur, avec davantage de risques… Dans le premier album, Ross et moi jouons la plupart des instruments ; pour le prochain, nous continuerons à jouer plusieurs instruments, mais nous souhaitons également intégrer notre ensemble, faire appel à d’autres talents.

Propos recueillis par Pierre MONASTIER


Crédits de toutes les photographies : Pierre Monastier / Profession Spectacle

De gauche à droite : Steven Byrnes, Ross Ainslie et Ali Hutton