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“Synonymes” de Nadav Lapid : identité, intégration et langage entre Israël et France

“Synonymes” de Nadav Lapid : identité, intégration et langage entre Israël et France
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Synonymes est cinématographiquement une petite révolution, un genre indéfinissable, parfois émouvant, parfois embarrassant, parfois drôle, et toujours dans une mise en scène surprenante. Rien n’est prévisible, tout est fou.

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Au début des années 2000, Nadav Lapid quitte son Israël natal pour rejoindre la France, dont il ne connaît que l’histoire de Napoléon, le coup de pied de Zidane et le cinéma de Godard. Arrivé à Paris, le jeune homme, pas encore cinéaste, est forcé de constater que la vie parisienne n’est pas tout à fait comme dans un film de la nouvelle vague, et traverse une période d’extrême solitude et de pauvreté qui l’oblige, la mort dans l’âme, à rentrer en Israël.

Avec Synonymes, Nadav Lapid, sous les traits de Yoav (Tom Mercier), rejoue son arrivée à Paris, sa tentative d’intégration, sa position d’exilé d’un pays en guerre. Par son corps et son langage, il fait trembler les murs et les principes de notre capitale.

Tout commence par une renaissance littérale. Yoav récupère comme prévu les clés d’un appartement haussmannien ridiculement grand, froid et vide. Peu méfiant, il se fait voler toutes ses affaires alors qu’il prend une douche. Nu, gelé, Yoav crie à l’aide dans la cage d’escalier déserte. Il est retrouvé quelques temps plus tard, inanimé, par un couple de voisins, Caroline et Émile (Louise Chevillotte et Quentin Dolmaire), qui parviennent à le ramener à la vie. C’est le début d’une amitié, d’un triangle amoureux, entre les deux parisiens fascinés et Yoav, leur nouvelle idole. Le personnage (comme l’acteur) déborde de charisme, d’histoires à raconter, de leçons à donner, de principes à reconsidérer. Pour lui, plus question de parler un mot d’hébreu ni de remettre un pied dans son pays ; c’est décidé, Yoav sera Français.

Pourtant Yoav est l’Étranger. Il porte un manteau jaune voyant, il est sans cesse exalté, il ne parle pas, il crie. Il est toujours en décalé, inadapté. Il se démarque par son physique imposant, par son utilisation étrange du français qu’il apprend en lisant le dictionnaire. Il se donne en spectacle à des gens qui manquent d’histoires et est à peu près l’opposé de ses interlocuteurs bien rangés, riches, figés, une révolution à lui tout seul.

Le film est aussi cinématographiquement une petite révolution, un genre indéfinissable, parfois émouvant, parfois embarrassant, parfois drôle (notamment les scènes d’instruction civique par Léa Drucker où les immigrés doivent chanter la Marseillaise tour à tour) et toujours dans une mise en scène surprenante. Rien n’est prévisible, tout est fou.

Synonymes parle d’Israël, d’identité, d’intégration, du langage, de la jeunesse et aussi de la France. Force est de constater que c’est un film étranger qui nous aura le plus appris sur notre pays ces dernières années.

Suzanne DUREAU

 



Nadav Lapid, Synonymes, France – Israël, 2018, 123mn

Sortie : 27 mars 2019

Genre : drame

Classification : tous publics

Avec Tom Mercier, Louise Chevillotte, Quentin Dolmaire, Léa Drucker

Scénario : Haïm Lapid, Nadav Lapid

Photographie : Shai Goldman

Distribution : SBS distribution

En savoir plus sur le film avec CCSF : Synonymes

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