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« The Spy Gone North » : un cinéma viril et populaire

« The Spy Gone North » : un cinéma viril et populaire
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En 1993, les services secrets sud-coréens réussissent à introduire un espion dans le cercle ultra-fermé des dirigeants de Pyongyang. Son nom de code : Black Venus.

Se faisant passer pour un homme d’affaires désireux de tourner des spots publicitaires en Corée du Nord, il est même présenté au « Dear Leader » Kim Jong Il. Mais bien vite, Black Venus réalise qu’il n’est qu’un pion dans le jeu politique sud-coréen où l’opposition démocratique est sur le point de remporter les élections.

Le cinéma sud-coréen ne se réduit pas aux badinages rohmériens d’un Hong Sang-soo. Mal connu en Occident, car plutôt destiné au marché domestique, il produit un cinéma viril et populaire, inspiré de l’histoire tragique du pays ou de sa division depuis soixante-dix ans entre deux entités ennemies. Battleship Island, sorti dans un réseau confidentiel de salles parisiennes l’hiver dernier, ou Frères de sang en constituent deux échantillons significatifs qui ont attiré un public immense en Corée du Sud mais sont restés quasi-inconnus du reste du monde.

The Spy Gone North s’inscrit dans cette généalogie. Énorme succès au box office sud-coréen (il a attiré près de cinq millions de spectateurs), il est inspiré d’une histoire vraie. Black Venus a existé qui, en pleine crise nucléaire coréenne (des inspections de l’AIEA en 1994 révèlent l’existence d’un programme nucléaire nord-coréen à Yongbyon), a pénétré les cercles de pouvoirs nord-coréens.

S’il s’agit d’une histoire d’espionnage, on est loin de 007, de ses gadgets électroniques et de ses “James Bond girls”. Ni poursuites automobiles, ni combats à poings nus, mais l’espionnage tel qu’il se pratique entre des hommes normaux vivant dans la constante angoisse de se faire démasquer et tel que, par exemple, John Le Carré l’a décrit avec tant de talent.

Pékin est le nid d’espions où le jeu nord-coréen se trame. C’est par là que l’argent transite, qui permet au régime exsangue de Pyongyang de survivre grâce à des trafics illicites en tous genres. C’est par là que les cercles les plus secrets du régime peuvent être approchés et compromis. La rencontre avec Kim Jong Il est le plat de résistance du film. Le dirigeant nord-coréen, entouré d’un protocole intimidant, se révèle comme on s’y attendait : un nabot grotesque et imbécile.

Mais The Spy Gone North a une autre dimension. Il ne s’agit pas seulement d’espionner la Corée du Nord, mais aussi d’influencer le jeu politique sud-coréen. À la fin des années quatre vingt dix, la Corée du Sud, qui n’a pas encore perdu les mauvaises habitudes des années de plomb, se convertit lentement à la démocratie. L’opposition dirigée par Kim Dae Jung, favorable à un rapprochement avec Pyongyang (ce sera la « sunshine policy »), est aux marches du palais. Mais le pouvoir conservateur utilise ses services secrets et la menace nord-coréenne pour effrayer l’électorat.

« Qui vit de la menace d’un ennemi a tout intérêt à ce qu’il reste en vie. » Si l’adage de Nietzsche vaut en tous temps et en tous lieux, il est particulièrement pertinent dans la péninsule coréenne.

Tony PARODI

 



Yun Jong-Bin, The Spy Gone North, Corée du Sud, 2018, 116mn

  • Sortie : 7 novembre 2018
  • Genre : thriller
  • Classification : non renseigné
  • Avec Hwang Jung-min, Lee Sung-min, Ju Ji-hun, Jo Jin-Woong
  • Scénario : Kwon Sung-hui, Yun Jong-Bin
  • Musique : Jo Yeong-wook
  • Distribution : Metropolitan Filmexport

En savoir plus sur le film avec CCSF : The Spy Gone North

Yun Jong-Bin, The Spy gone north, Corée Sud



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