La culture selon… Marine Le Pen

Visage charismatique du Front National, Marine Le Pen s’appuie sur une dynamique née des dernières élections présidentielles et, surtout, du raz-de-marée des élections régionales de 2015. Les thèmes majeurs de sa campagne sont connus et rebattus : la question européenne, la démocratie de proximité, le renforcement sécuritaire, le contrôle de l’immigration ou encore le patriotisme économique.

Certains sujets se font en revanche très discrets ; parmi ces derniers, la question culturelle. Sur les 144 engagements de Marine Le Pen, seules quelques propositions disparates concernent la culture, sujet qu’elle n’a abordé publiquement qu’une seule fois ces derniers mois, lors de son discours du 9 novembre 2016 durant lequel elle aborde sa vision d’UNE CULTURE PATRIOTIQUE DE PROXIMITÉ.

Chapitres
I. La défense de l’identité française
II. Une culture de proximité
III. Des mesures culturelles éparses

La défense de l’identité française

Sa vision fondamentale, mentionnée dans la lettre d’introduction de son programme, est essentiellement « patriotique ». Ce fondement détermine sa politique culturelle, énoncée dans le point 91 : la défense de l’identité nationale, des valeurs et des traditions de la civilisation française.

Regroupées sous le chapitre « Une France fière », ses propositions pour la culture sont rares : sept sont repérables au final, entre les points 109 à 115

Première mesure symbolique : l’inscription dans la Constitution de la défense et de la promotion du patrimoine historique et culturel français. Qu’entend-elle par patrimoine ? Quelles sont les limites de l’identité nationale ? Comment définir les « valeurs et traditions de la civilisation françaises » dont chaque citoyen est porteur, y compris ses membres les plus récents issus de l’immigration ? Autant de questions qui demeurent concrètement floues, voire une source d’exclusion potentielle, une fois passée la déclaration de principe.

Une mesure originale : la candidate frontiste propose de renforcer la loi Toubon, qui vise à protéger l’usage de la langue française au sein des institutions. Sur le modèle de la loi 101 du Québec, Marine Le Pen souhaite faire respecter l’exigence de promotion du français dans toutes les institutions et les médias. Elle veut également promouvoir les artistes qui s’expriment dans la langue française, plutôt que dans des langues étrangères.

Autre grande mesure liée au français est l’organisation d’un grand sommet de la Francophonie afin de :

  • relancer la promotion du français à l’étranger,
  • encourager la coopération économique des pays francophones,
  • et repenser le rapport des pays francophones en termes de souverainetés nationales.

Une culture de proximité

Marine Le Pen ne cesse de le répéter tout au long de son programme : elle veut une démocratie de proximité, par conséquent une « culture de proximité ».

Est-ce la raison pour laquelle elle ne donne aucun chiffre du budget alloué par l’État à la culture ? Presque tous ses concurrents se sont prononcés ; la candidate reste muette. Un silence troublant, qui ne permet ni de fixer un cadre général, ni de percevoir une vision sur le long terme.

Pour Marine Le Pen, cette proximité culturelle passe par le développement du « mécénat populaire », avec la mise en place d’une plate-forme numérique dédiée.

Si la candidate FN ne prend pas la peine de donner le budget général de la culture, elle évoque en revanche une augmentation de 25 % des financements consacrés à la préservation et à l’entretien du patrimoine français.

Elle propose par ailleurs :

  • de lancer un plan national de création de filières artistiques dans les lycées et universités,
  • d’implanter un « réseau de pépinières d’artistes » sur tout le territoire
  • et de restaurer une « éducation musicale généraliste » dans les établissements scolaires.

Comment compte-t-elle mettre en place ces trois mesures ? Un flou total demeure ainsi sur sa volonté de développer cette culture « de proximité ».

Des mesures culturelles éparses

Plusieurs mesures culturelles sont distillées au fil du programme, sans qu’elles soient toujours expliquées ou commentées. Par exemple la création d’un festival annuel de « l’art caché », qui offrirait un pendant à ce que le Front National appelle « l’art officiel » : le parti dénonce en effet des liens étroits et des compromissions entre les artistes et les pouvoirs publics.

Concernant l’audiovisuel public, Marine Le Pen propose une réforme du CSA avec la création d’un triple collège constitué de représentants de la société civile, de représentants de l’Etat et de professionnels. À ce jour en effet, les membres du collège du CSA sont uniquement nommés par les présidents de la République, de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

Par ailleurs, la candidate milite pour la suppression de la Hadopi, promesse non-tenue de François Hollande, et une mise en chantier de la licence globale.

La dernière mesure vague est la remise en ordre du « statut d’intermittent » par la création d’une carte professionnelle. Outre qu’il s’agit d’un « régime » et non d’un « statut », comprenne qui peut cette mesure…

Conclusion

Les artistes, majoritairement à gauche, font partie des opposants les plus acharnés au Front National. Plutôt que de rassurer le monde culturel, Marine Le Pen en reste pour le moment à de grandes déclarations de principe et à quelques mesures, souvent vagues. Difficile, dès lors, d’apprécier sa vision d’une politique culturelle assumée au niveau de l’État. Seule est mesurable l’action du FN dans les localités qu’elle dirige : plusieurs manifestations culturelles ont été supprimées, sans proposition artistique pour valoriser une autre manière de faire. A quelques encablures de la présidentielle, cette absence de politique culturelle n’est pas sans inquiéter ceux qui pensent que la culture est le ciment de toute humanité.

Retrouvez tous les épisodes de notre série :



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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