10 juillet 1920… 101 ans jour pour jour – Compositeur néo-classique italien, Malipiero a beaucoup composé pour l’opéra, comme en témoigne ce triptyque d’opéras courts présenté aujourd’hui. Hélas, son œuvre a largement été occultée depuis, du fait que sa musique, exigeante et austère, s’est aussi beaucoup épanouie à l’ombre du régime fasciste.

Gian Francesco Malipiero (1882-1973), compositeur qu’on peut « classer » dans la catégorie des néo-classiques italiens, dans la veine des Pizzetti ou des Casella, a beaucoup composé pour l’opéra. On lui en doit une quarantaine. Si on l’a un peu oublié aujourd’hui, c’est que sa musique, exigeante et austère, s’est aussi beaucoup épanouie à l’ombre du régime fasciste, dont cet admirateur de D’Annunzio s’est largement accommodé. Il a par ailleurs consacré une large partie de sa vie à l’étude ébahie des baroques italiens comme Frescobaldi ou Vivaldi, alors négligés.

Deux ans après le triptyque puccinien, aussi éloigné de son propre style qu’un chien peut l’être d’un chat, Malipiero propose sa propre œuvre « à panneaux », comme un retable en musique. Trois courts opéras composent ce premier ensemble caractéristique de la première manière lyrique du compositeur : La Morte delle Maschere (« La mort des masques »), Sette canzoni (« Sept chansons ») et Orfeo. Ou plutôt s’agirait-il d’un seul opéra en trois parties dont deux peuvent, comme chez Puccini, être jouées indépendamment les unes des autres. D’ailleurs, le second, Sette canzoni, composé en premier, était destiné à rester isolé. Si le cycle complet sera donné en 1925 sous le nom-chapeau d’Orfeide, c’est à Paris, à l’Opéra Garnier, qu’est créé ce qui en sera donc le deuxième volet.

Dans cette œuvre brève (moins de quarante-cinq minutes), Malipiero dresse sept tableaux, sept chants qui lui auraient été inspirés par des faits réels qu’il avait lui-même observés :

1/ le Vagabond, histoire d’un musicien des rues aveugle et abandonné par sa jeune guide ;
2/ À Vêpres, où un moine impatient de fermer l’édifice chasse de l’église une femme en prières ;
3/ Le Retour, dans lequel une vieille femme, devenue folle d’inquiétude parce que son fils est parti à la guerre, ne le reconnaît pas lorsqu’il revient ;
4/ L’Ivrogne, où un mari jaloux confond un poivrot bien innocent avec l’amant de sa femme qu’il vient de mettre en fuite, et le roue de coups ;
5/ La Sérénade, où un amoureux chante une mélodie passionnée sans savoir que sa belle ne l’écoute pas car elle veille un mort ;
6/ Le Sonneur de cloches, qui interprète une chanson pleine d’insouciance alors qu’il sonne le tocsin en raison d’un grave incendie ;
7/ et enfin L’Aube du Jour des Cendres, où un convoi funèbre se trouve bloqué par une troupe de clowns, bientôt dispersée par l’apparition d’un homme au masque de mort. Un clown perd son manteau et revient le chercher une fois la procession passée. Là, il rencontre une jeune femme de retour du carnaval et ils partent ensemble.

 

C’est le portrait déchirant de la vieille mère que je vous propose, dans Le Retour, dans l’un des très rares enregistrements connus de l’œuvre, lors du Mai musical florentin de 1966, dirigé par Hermann Scherchen. Cette captation date du 7 juin et c’est Magda Olivero, dont on vient de fêter le cent dixième anniversaire de la naissance, qui chante la vieille mère. Cinq jours plus tard, alors que Scherchen s’apprête à diriger la dernière représentation de cet Orfeide, une crise cardiaque le foudroie. Ce document est donc le dernier témoignage de l’art de ce grand chef d’orchestre.

Cédric MANUEL



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