Instant classique – 11 novembre 1999… 21 ans jour pour jour. Thomas Adès crée America – A prophecy, qui a la particularité de mélanger le très contemporain (accrochez-vous) avec des textes fort anciens. Une partition très sombre, terriblement inquiétante, fort bien accueillie lors de la création.

Je vous ai infligé quelquefois de la musique baroque, il n’y a donc pas de raisons que je ne vous inflige pas un peu de musique contemporaine. J’ai donc choisi dans la quinzaine d’œuvres dont on célèbre l’anniversaire aujourd’hui cette partition du compositeur britannique (né en 1971) Thomas Adès, America – A prophecy, créée voici tout juste vingt-et-un ans par Kurt Masur à la tête du chœur symphonique de Westminster, de l’orchestre philharmonique de New York, et avec Beth Clayton comme mezzo-soprano. Elle a la particularité de mélanger le très contemporain (accrochez-vous) avec des textes fort anciens.

L’orchestre avait passé commande à Adès dans le cadre d’un programme qui ne devait compter que des œuvres contemporaines, pour célébrer l’An 2000. L’idée était donc d’avoir une pièce plutôt optimiste et lumineuse. Mais le compositeur fait un autre choix, assez radical. Dans cette œuvre de quinze minutes, il découpe deux parties. La première est basée sur un texte maya tiré du Chilam Balam, ensemble rédigé au XVIIe ou au XVIIIe siècle en langue maya mais utilisant l’alphabet latin. La prophétie, qui est une partie de ces textes, est la transcription d’une prière prononcée par les prêtres mayas au moment de la conquête espagnole. La seconde partie est fondée sur un poème de Matteo Flecha, compositeur catalan du XVIe siècle, « La guerra ». On voit d’ici l’ambiance. Et de fait, Adès imagine une partition très sombre, terriblement inquiétante – comme d’ailleurs souvent la musique contemporaine… et qui fait appel à un grand orchestre, de la taille de celui utilisé par Mahler pour ses symphonies par exemple.

Cette atmosphère noire incite alors Kurt Masur, le grand chef d’orchestre commanditaire, à revoir son propre programme, tant il est bluffé par cette pièce, fort bien accueillie lors de l’exécution, mais qui prendra une résonance toute particulière vingt-deux mois plus tard dans cette même ville de New York…

J’ai choisi la seconde partie, plus courte et assez significative de l’atmosphère lugubre voulue par Adès, qui fait chanter à sa mezzo-soprano – ici avec un chœur sourd – des extraits du poème de Flecha.

Cédric MANUEL

 



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