14 mai 1919… 102 ans jour pour jour – Debussy compose (laborieusement) une Rhapsodie pour saxophone et orchestre, à la demande d’une riche commanditaire qui souhaite que le saxophone trouve enfin sa place soliste au sein des grands ensembles classiques.

Très vite après son invention par Adolphe Sax (directeur de la musique de scène à l’opéra de Paris) en 1846, le saxophone – qui appartient à la famille des bois et non des cuivres, ben oui, c’est comme ça – commence à entrer dans l’orchestre, en particulier à l’opéra. Meyerbeer, Berlioz, Thomas, Halévy l’utilisent très tôt en raison de ses sonorités si particulières. Ce n’est cependant pas un instrument pour lequel les compositeurs trouveront un engouement très fort pour en faire un soliste comme le violon ou la clarinette. En 1903, une riche américaine, Mrs Hall, qui adore le saxophone et trouve justement assez anormal que si peu de créateurs le mettent à l’honneur, demande à Debussy de composer une œuvre concertante avec cet instrument.

Claude Debussy est embarrassé : il ne connaît guère cette drôle de bestiole et par ailleurs, il n’aime pas beaucoup écrire pour mettre en valeur la virtuosité. Mais voilà, il est souvent sujet à des problèmes d’argent et il ne sait pas très bien résister à la très grosse somme que lui propose Mrs Hall en échange. Il envisage donc de réaliser une « Rhapsodie orientale », d’abord pour piano et saxo. Mais il rame, sue sang et eau, sans parvenir à boucler la commande initiale. C’est donc un vague brouillon qu’il remet à Mrs Hall… huit ans plus tard. Et on en reste là.

Après la mort de Debussy en 1918, c’est Jean Roger-Ducasse, pourtant très proche de Gabriel Fauré bien davantage que de Debussy, qui termine la partition, créée voici cent deux ans aujourd’hui. Exit le titre original, c’est une « simple » Rhapsodie pour saxophone et orchestre qui est ainsi présentée. Œuvre en forme de scherzo, il est néanmoins difficile d’en faire une partition emblématique de la littérature concertante ; même si elle porte la marque des harmonies debussystes, elle ne figure généralement pas parmi ses œuvres phares. Elle ne manque pourtant pas de charme.

En voici une vieille version avec le saxophoniste Jean-Marie Londeix, l’un des plus grands saxophonistes français, avec Louis de Froment et l’orchestre de Radio-Luxembourg.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : éphéméride