19 juin 1840… 181 années jour pour jour. Les deux nocturnes de Chopin, intitulées « soupirs », sont assez différents dans leur conception et leur atmosphère. La première a quelque chose de religieux, voire de funèbre, quand le second est hypnotique, merveilleux.

C’est d’abord à Londres que les deux nocturnes op. 37 de Frédéric Chopin sont publiés, voici cent quatre-vingt-un ans. Ils le seront peu après à Leipzig et Paris, ces trois villes faisant la course à chaque nouvelle livraison du génie franco-polonais.

Chopin les avait composés en 1838 et 1839, le second ayant été achevé chez George Sand à Nohant en juillet. Lors de leur publication londonienne, ils portent le titre Les soupirs, l’éditeur Wessel aimant mettre des titres, auxquels Chopin n’adhère pas toujours. Mais cette fois, il ne semble pas s’y être opposé. Pourquoi diable Les soupirs ? Les deux pièces sont assez différentes dans leur conception et leur atmosphère. La première a quelque chose de religieux, de « mélancolique » comme disait Alfred Cortot, voire de funèbre. En quelque sorte, un « soupir » sombre et triste.

Rien à voir avec le second, hypnotique, merveilleux, qui, quant à lui, évoque le doux balancement d’une barque sur une mer d’huile. D’où la légende qui entoure depuis sa parution cet opus 37 n°2, et qui est due à ces lignes de George Sand, laissant penser que ce nocturne fait référence à leur voyage vers Majorque en novembre 1838 : « La nuit était chaude et sombre, uniquement illuminée par une extraordinaire phosphorescence de la mer dans le sillage du bateau. Tout reposait à bord, à l’exception du timonier qui, pour se tenir lui-même éveillé, chanta toute la nuit […] C’était une rêverie plutôt qu’un chant, une sorte de nonchalante adaptation de la voix au bercement du navire, une vague improvisation à la fois caressante et monotone. »

On imagine donc George Sand et Chopin soupirer doucement sur le pont du navire à l’écoute du chant du timonier, que n’aurait pas oublié le compositeur… Peut-être ressentirez vous ce besoin de soupirer en écoutant ces deux nocturnes joués aussi délicatement par l’admirable Maria-João Pires.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »