Instant classique – 1er juin 1919… 101 ans jour pour jour. Emil Nikolaus von Řezníček appartient à la longue cohorte des compositeurs méconnus. Né à Vienne d’un père haut gradé dans l’armée austro-hongroise et d’une princesse roumaine, il est l’exact contemporain de Gustav Mahler, né deux mois après lui. Mais c’est Richard Strauss son ami et modèle.

Emil von Řezníček effectue l’essentiel de sa carrière à Graz et, alors très âgé, ne fuit pas les nazis, même s’il semble avoir évité de trop se compromettre avec eux. Ce compositeur est surtout connu pour un opéra-comique, Donna Diana, dont l’ouverture est un bijou et que Mahler crée sans grand succès à l’opéra de Vienne après avoir beaucoup travaillé aux côtés du compositeur.

Mais Rezniček est aussi l’auteur de nombreuses partitions orchestrales qui restent profondément attachées au post-romantisme, évitant soigneusement trop de modernité et en tout cas rejetant toute atonalité. Voici tout juste cent un ans, il crée sa troisième symphonie, dite « dans le style ancien » en hommage à Haydn et à Mozart, ce qui est en particulier très perceptible dans le scherzo (troisième mouvement). L’orchestration est d’ailleurs allégée, pour la débarrasser de ses oripeaux post-romantiques. Elle est dédiée à son « cher ami et élève Hans C. Bodmer » et est créée à Leipzig par Arthur Nikisch, grand chef d’orchestre qui défendait beaucoup la musique contemporaine, même ainsi tournée vers les grands anciens.

On ne criera pas au génie, mais j’avoue l’avoir écoutée avec plaisir car cette légèreté (écoutez donc le dernier mouvement) est tout à fait adaptée à cette journée de grand printemps. L’excellent label CPO, qui fait redécouvrir des dizaines de compositeurs un peu oubliés, a enregistré la symphonie il y a quelques années, sous la baguette attentive de Frank Beermann.

Et comme c’est rare, je vous la propose dans son intégralité.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »