Instant classique – 1er novembre 1862… 158 ans jour pour jour. Solennité, émotion, grandeur, tendresse… Un subtil mélange que ce célèbre prélude des Maîtres-chanteurs de Nuremberg créé par Richard Wagner dès 1962, soit près de six ans avant l’opéra.

Je vous ai déjà raconté la création des Maîtres-chanteurs de Nuremberg, cet opéra auquel Richard Wagner pensait depuis 1845. Le seul avec « La défense d’aimer » qui parle d’autre chose que de mythologie germanique ou de légende absconse venue du fond des temps. Il évoque même un personnage historique qui a véritablement existé, Hans Sachs. L’opéra a cependant été créé un 21 juin, et pas en 1862, mais en 1868. Mais en fait, comme souvent, Wagner a construit sa partition petit à petit, à partir du printemps 1862, en plus du livret écrit à Paris plusieurs années auparavant. Si bien que le célèbre prélude de l’acte I est achevé bien avant le reste et créé avec quelques fragments de la partition voici tout juste cent cinquante-huit ans à Munich.

Cette ouverture est un habile mélange entre solennité et émotion, entre grandeur – perceptible dès les premières mesures – et tendresse. C’est un condensé des motifs qu’on entendra tout au long de l’œuvre, selon le principe habituel des leitmotiv (que Wagner n’a absolument pas inventés !). Il y a en effet quatre thèmes repris dans l’ouverture : celui, orgueilleux et majestueux des Maîtres-Chanteurs, avec leurs règles et leurs principes ; celui, plus léger, qui symbolise les sentiments naissants entre Eva et Walther von Stolzing. Puis revient la solennité de la confrérie un peu différente de la première, qui présente surtout leur bannière de ralliement. Enfin, l’amour enfin révélé, qui sera la base du chant victorieux de Walther. Les trois thèmes précédents s’entremêlent d’ailleurs brillamment pour arriver au triomphe final, comme à la fin de l’opéra lui-même.

Je ne sais pas si Wagner savait chanter. Mais on sait qu’il savait bien faire chanter, escroquer un peu, soutirer beaucoup. Entre autres « qualités humaines » bien connues. Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg, comme du reste l’essentiel de la production du compositeur, nous montrent qu’être un sale type n’empêche pas de réaliser des chefs-d’œuvre. C’en est presque agaçant.

J’ai donc choisi l’interprétation d’Otto Klemperer, immense chef du XXe siècle – au terrible caractère – que Goebbels détestait (d’origine juive, il avait d’ailleurs fui l’Allemagne nazie dès 1933), ce qui le rend forcément très sympathique. Or, notre Klemperer était aussi un wagnérien de tout premier ordre. Ici avec l’orchestre Philharmonia, il prend son temps, accentuant la solennité, mais aussi la tendresse de la partition.

Cédric MANUEL

 



Un jour… une œuvre musicale !
Parcourez notre éphéméride