Instant classique – 2 décembre 1883… 135 années jour pour jour. Mais si, vous la connaissez, vous l’avez entendue mille fois, un peu partout. Vous l’avez sans doute même entendue dans des émissions de télé dans les années 80 (si vous êtes aussi vieux que moi) puisque Serge Gainsbourg, en fin mélomane qu’il était, en avait repris le thème « chanté » par Jane Birkin dans « Baby alone in Babylone ».

Ou plutôt, vous en connaissez le troisième mouvement, ce « poco allegretto » qui est l’un des morceaux de musique symphonique les plus connus du grand public, au-delà de la musique classique. Gainsbourg, donc, mais aussi Yves Montand, Frank Sinatra ou Carlos Santana, pour ne citer qu’eux, l’ont repris.

Johannes Brahms est venu à la symphonie sur le tard ; il a cinquante ans lorsqu’il compose sa troisième. Il le fait durant un été de vacances à Wiesbaden et c’est le chef d’orchestre Hans Richter, grand admirateur du compositeur, qui la surnomme « Héroïque » en référence à une autre 3e symphonie, celle de Beethoven bien sûr. Rien ne pouvait davantage flatter l’austère Hambourgeois mais rien non plus n’est vraiment héroïque dans cette symphonie, qui est au contraire sobre et retenue, très poétique.

Lors de la création, sous la direction de Hans Richter, justement, à Vienne ce 2 décembre 1883, le triomphe est mémorable malgré quelques tentatives de déstabilisation des partisans de Wagner (disparu dix mois plus tôt), que Brahms n’a jamais apprécié, sachant que Wagner sera toujours à l’égard de son cadet de vingt ans d’une méchanceté crasse. 

Voici donc ce « Poco allegretto » si célèbre et si beau, ici interprété sans pathos excessif (beaucoup n’ont pas résisté à la tentation d’en faire un truc larmoyant alors que c’est la tendresse qui domine) par l’immense John Barbirolli à la tête des Wiener Philharmoniker. Avec en prime une jolie galerie de portraits, parfois méconnus, de Brahms dont on voit la vie défiler et qui devient ce vieux patriarche à la longue barbe (où paraît-il on trouvait un peu de tout car il n’était pas très soigné). Étonnant pour un homme qui est mort juste avant ses 64 ans.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »