Instant classique – 2 juin 1713… 306 ans jour pour jour. Voici une rareté bien oubliée resurgie ces dernières années et dont on donnait par exemple une suite de représentations à Valence fin 2015. Il s’agit de Lucio Silla, ou plutôt de Silla, voire de Lucio Cornelio Silla, “dramma per musica” en trois actes de Georg Friedrich Haendel.

Ce dernier a vingt-huit ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe donc juste après Thésée et juste avant Amadis de Gaule. Dans les certitudes qui entourent cette œuvre assez mystérieuse par ailleurs, nous avons d’abord le librettiste, Giacomo Rossi, qui s’inspire de Plutarque. Son livret ne figure pas parmi les grandes réussites du genre même si l’histoire de l’art lyrique regorge de livrets mal fagotés, tortueux ou invraisemblables.

Autre certitude : les circonstances de la composition. Le manuscrit original affiche en lettres très larges une dédicace au duc d’Aumont, négociateur du roi de France pour la conclusion du 1er traité d’Utrecht signé quelques semaines auparavant entre la France et l’Angleterre. Le duc vient en visite à Londres pour les suites de cette signature et sans doute aussi pour parler des tractations alors en cours entre l’Angleterre et l’Espagne en vue du 2e traité d’Utrecht, qui sera signé en juillet. Bref, les Anglais savaient recevoir.

La partition de Haendel, de même que les conditions de la création, restent néanmoins beaucoup plus obscures. On constate beaucoup de manques dans le travail original, des reprises d’œuvres de confrères du compositeur, voire des emprunts. C’est comme si Haendel n’avait pas su quoi faire d’un livret plutôt faible et n’en avait guère parlé à l’auteur de ce dernier.

La création même n’est pas claire. Le 2 juin 1713 est la date la plus probable, mais elle n’est pas certaine. Le lieu pourrait être chez Burlington, selon la tradition, pour une représentation privée, mais rien n’est moins sûr. Une création au Queen’s theatre semble plus probable, mais n’est pas vérifiée. Ce qui est établi, en revanche, c’est que le dispositif prévu, du point de vue scénique comme de celui des chanteurs retenus, est robuste.

L’œuvre tombe très vite dans l’oubli le plus complet, jusqu’à repointer le bout de ses mesures il y a quelques années, répondant à la soif de redécouvertes baroques, pas toujours très heureuses néanmoins. La partition contient cependant quelques jolis moments, comme l’air de Metella, « Fuggon l’aura », ici chanté par Rachell Nichols.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »