Instant classique – 21 décembre 1899… 121 ans jour pour jour. Camille Saint-Saëns compose ce qui constitue un des sommets de la musique de chambre française : un merveilleux chef-d’œuvre de quatuor, son premier, alors que le compositeur a soixante-quatre ans.

« Je tricote un quatuor. » Voici comment Camille Saint-Saëns annonce à son ami Auguste Durand, éditeur, l’arrivée de ce qui constitue un des sommets de la musique de chambre française. Il poursuit quelques temps plus tard : « J’ai fait mon quatuor, il peut venir. Je l’attends avec tranquillité. Si je n’avais pas fait ce quatuor, les esthéticiens auraient tiré de cette lacune un tas de déductions, ils auraient découvert dans ma nature pourquoi je n’en avais pas écrit et comment j’étais incapable d’en écrire ! N’en doutez pas, je les connais. Et tant que cette besogne nécessaire n’était pas effectuée, j’avais peur de partir trop tôt, je n’étais pas tranquille. Maintenant tout m’est indifférent. »

Il exagère un peu notre Camille (dont le caractère n’était pas des plus souples). Et même s’il a soixante-quatre ans lorsque la partition est créée aux Concerts Colonne, voici juste cent vingt-et-un ans, il lui reste encore presque jour pour jour vingt-et-un ans à vivre ! Et il n’a alors pas encore fini de nous régaler (un second quatuor viendra d’ailleurs en 1918).

Ce premier quatuor est un merveilleux chef d’œuvre dont j’enrage de ne pas vous avoir trouvé d’enregistrement intégral (il dure une petite demi-heure) pour ceux d’entre vous que ça intéresserait, quand bien même n’y en aurait-il qu’un seul. Et pourtant, comme il le suggère dans son mot à Durand, alors qu’il estime avoir accompli l’essentiel de sa carrière, il n’avait pas abordé le genre du quatuor à cordes. Il y avait bien pourtant deux trios et un quatuor avec piano, mais le quatuor à cordes, c’est autre chose. Il en avait peur, il avait peur de ce que Gabriel Fauré appelait « la forme la plus pure de la musique instrumentale, la forme initiale, la source d’Hippocrène ».

Ce qu’il réalise est pourtant magnifique : quatre mouvements aussi remarquables les uns que les autres. Mais puisqu’il me fallait choisir et que je ne veux pas vous ennuyer trop longtemps, j’ai opté pour celui qui vous fera marcher plus vite dans la rue, qui accompagnera le plus avantageusement votre voyage en train ou en voiture si vous partez chercher Noël ailleurs (ça marche moins bien dans un avion, vous verrez), celui dont le rythme saccadé, le thème obsédant et circulaire restera dans votre tête (ne me remerciez pas).

Et si vous êtes amorcés, allez chercher les autres mouvements, que vous trouverez épars. Je vous recommande en particulier l’adagio molto qui suit ce scherzo diabolique.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »