Instant classique – 21 février 1929… 91 ans jour pour jour. Les « Fêtes romaines » (Feste romane) sont le dernier volet de la fameuse trilogie romaine d’Ottorino Respighi, dont on sous-estime trop l’importance dans l’histoire de la musique, en particulier en Italie, puisqu’il est l’un des rares compositeurs de la péninsule, avec Martucci, Malipiero ou Casella, à avoir privilégié l’écriture symphonique davantage que lyrique.

Cette trilogie s’ouvre avec les Fontaines de Rome, se poursuivent avec les Pins de Rome et s’achèvent donc avec ces Fêtes romaines, créées voici tout juste 91 ans à New-York sous la direction d’Arturo Toscanini.

Ottorino Respighi a écrit avoir voulu « conjurer visions et évocations des fêtes romaines grâce à un maximum de sonorités et de couleurs orchestrales ». C’est peu dire que c’est en effet ce qu’on entend. Nous voici d’abord au Cirque Maxime pour les jeux antiques, pleins d’une foule bruyante et bigarrée, indifférente au triste sort des martyrs. Puis c’est le Jubilé, qui nous porte dans la Rome catholique, avec sa procession, décrite ainsi par l’auteur : « Du sommet du Monte Mario apparaît soudain à leurs yeux la Cité sainte : Rome ! Rome ! Un hymne de louanges s’élève, et les cloches des églises de mettent à sonner. »

Suit la fête de la moisson d’octobre : nous sommes au XIXe siècle, dans les Castelli romani. Les vendanges amènent leur cohorte de chants joyeux et amoureux qui emplissent l’air encore chaud de l’été de la Saint-Martin. Et finalement, après Noël et la veille de l’Epiphanie, voici la fête la plus orgiaque et la plus diabolique. Forcément, les terribles Befane sont de sortie. Les sorcières contemplent une piazza Navona survoltée, où les réminiscences d’orgues de barbarie répondent aux chants des stornelli, avec la fière devise : « Lasciateci passare, siamo romani » (ce qui devrait plus ou moins donner dans le dialecte romain – les amis romains me corrigeront – : « Lassatece passà, semo romani ! »).

Vous aurez compris ce que ça signifie !
Donc poussez-vous et laissez-les donc passer.
D’ailleurs si vous êtes piétons et qu’ils sont en voiture, il vaut mieux…

Cette partition foisonnante est très différente de ses deux sœurs, mais elle n’est pas moins intéressante. Bien sûr, j’aurais pu choisir une interprétation avec tout le confort moderne de la super stéréo. Mais voilà, c’est Arturo Toscanini qui a créé l’œuvre à New York et ce répertoire est le sien. Le voici donc treize ans après la création, à Philadelphie cette fois, dans un son évidemment moins séduisant, mais quelle énergie, quel engagement et quelle précision ! Le petit géant (il faisait 1m53) a alors soixante-quatorze ans et on l’entend même chanter au milieu des befane qui vous entraîneront dans un tourbillon infernal proprement incroyable. Irrésistible.

Bon voyage !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »