21 juin 1890… 131 années jour pour jour. À 25 ans, Strauss compose son poème symphonique Mort et transfiguration, un chef-d’œuvre d’une richesse orchestrale saisissante, dont on pourra comme toujours reprocher l’aspect double-crème fouettée, mais qui n’en reste pas moins très inspiré et presque expressionniste avant l’heure.

Lorsqu’il compose, à vingt-cinq ans, son poème symphonique Mort et transfiguration en 1889, Richard Strauss, contrairement à ce que l’on croit, ne s’est pas inspiré du compositeur (et pour l’occasion « poète ») Alexandre Ritter. On le croit car Strauss lui-même a mis ce texte en épigraphe de sa partition. Mais il admettra lui-même que cette dernière était un « pur produit de son imagination », pas même une expérience vécue, qui aurait pu être celle de la maladie, qui le touchera un peu plus tard mais dont il se relèvera.

Il y a pourtant bien une sorte de programme dans ce poème symphonique, qui peut être résumé par l’un de ses admirateurs les plus fervents, le critique, musicologue et écrivain Romain Rolland : « Dans une misérable chambre éclairée par une veilleuse, un malade gît sur son lit. La mort approche au milieu du silence plein d’épouvante. Le malheureux rêve de temps en temps et s’apaise dans ses souvenirs. Sa vie repasse devant ses yeux : son enfance innocente, sa jeunesse heureuse, les combats de l’âge mûr, ses efforts pour atteindre le but sublime de ses désirs, qui lui échappe toujours. Il continue de le poursuivre et croit enfin l’étreindre. Mais la mort l’arrête d’un « Halte ! » de tonnerre. Il lutte désespérément et s’acharne même dans l’agonie à réaliser son rêve. Mais le marteau de la mort brise son corps et la nuit s’étend sur ses yeux. Alors résonne dans le ciel la parole de salut à laquelle il aspirait vainement sur la terre : Rédemption ! Transfiguration ! »

Avec un peu d’imagination, vous entendrez donc tout cela dans ce qu’il faut bien considérer comme un grand chef-d’œuvre de son auteur, d’une richesse orchestrale saisissante, dont on pourra comme toujours reprocher l’aspect double-crème fouettée, mais qui n’en reste pas moins très inspiré et presque expressionniste avant l’heure. On entend tout ce que Strauss doit à Liszt et Wagner dans la construction musicale et c’est tout particulièrement le cas dans cette interprétation de la Staatskapelle de Dresde, dirigée voici cinquante ans par Rudolf Kempe, qui a laissé une intégrale insurpassée des poèmes symphoniques de Strauss.

Après la création de l’œuvre, voici tout juste cent trente-et-un ans aujourd’hui à Eisenach sous la direction de Strauss, le féroce Debussy alias Monsieur Croche, on s’en doute, est resté très insensible à ce foisonnement orchestral : « Dans la « Cuisinière bourgeoise », à l’article « civet de lièvre », on peut lire cette prudente recommandation : « Prenez un lièvre ! »…. Richard Strauss procède différemment. Pour en faire un poème symphonique, il prend n’importe quelle idée. »

À l’extrême fin de sa vie, au seuil même de sa propre mort, s’éveillant d’un moment d’absence, Strauss dira à son fils : « Maintenant, je peux t’affirmer que tout ce que j’ai composé dans Mort et transfiguration était parfaitement juste : j’ai vécu très précisément tout cela ces dernières heures… » Vraiment ? Nous verrons bien… Nous tous.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »