Instant classique – 21 mars 1919… 102 ans jour pour jour. Sur le tard, alors qu’il n’a écrit que peu de musique de chambre durant sa vie, Edward Elgar compose coup sur coup une sonate pour violon et piano, un quatuor et un quintette. La sonate baigne dans une atmosphère un peu mélancolique et expressive, comme ses autres dernières œuvres. Nous sommes dans le monde de l’après-guerre : il n’y a pour Elgar plus rien à célébrer, à part ses souvenirs.

Edward Elgar a réalisé fort peu de musique de chambre durant sa vie. Il avait bien dans ses tiroirs quelques partitions de jeunesse – un quatuor et une sonate pour violon et piano notamment – qu’il a détruites plus tard. Or, voilà que sur le tard, à plus de soixante ans, lui prend l’envie d’écrire coup sur coup une sonate pour violon et piano, un quatuor et un quintette, qui seront pratiquement ses dernières œuvres même s’il ne disparaît que quinze ans plus tard.

C’est la sonate qui nous occupe aujourd’hui. C’est la moins célèbre des trois et même, sans doute, la moins réputée, mais elle est créée voici tout juste cent deux ans en public à l’Aeolian Hall de Londres par le violoniste William Henry Reed, un ami d’Elgar, et le pianiste Landon Ronald. Elgar l’a composée en quelques semaines, durant l’été 1918, dans sa maison du West Sussex.

Elle est en trois mouvements et entre tout de suite dans le vif du sujet dans un allegro initial décrit comme « audacieux et vigoureux » par son auteur. Ce mouvement fourmille d’idées assez lyriques et intéressantes. La romance suivante est, toujours selon Elgar, un mouvement « fantastique et curieux ». Et de fait, elle n’est pas commune, en tout cas au départ ; avant qu’une mélodie plus usuelle ne vienne s’imposer. Enfin, le dernier mouvement, allegro non troppo, est qualifié « d’ample et apaisé » par Elgar. Toute la partition baigne dans une atmosphère un peu mélancolique et expressive, comme ses autres dernières œuvres.

Le monde d’après-guerre est pour Elgar si différent de celui qui avait fait sa gloire, il n’y a pour lui plus rien à célébrer, à part ses souvenirs. Le sort ne l’a pas aidé à sortir de cette mélancolie : il voulait dédier la partition à Marie Joshua, une amie proche. Il lui écrit donc son souhait et lui dit : « Je crains que ça ne nous mène pas plus loin mais c’est plein de sons dorés et j’aime ça, cependant tu ne dois pas t’attendre à quelque chose de violemment chromatique ou cubiste. » Mais Marie meurt quelques jours après avoir reçu la lettre. C’est la raison pour laquelle Elgar reprend brièvement, vers la fin du troisième mouvement, un thème du mouvement lent, dolcissimo.

Cédric MANUEL

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Rubrique : « Le saviez-vous ? »