Instant classique – 22 février 1817… 204 ans jour pour jour. La 28e sonate de Ludwig van Beethoven, sans rompre brutalement avec les précédentes, remet en question la forme tout entière de la sonate. Un petit bouleversement, selon les spécialistes qui voient dans cette œuvre la première des cinq dernières sonates du compositeur.

Voici à peine plus de deux siècles est publiée chez Steiner, à Vienne, la 28e sonate de Ludwig van Beethoven, qui porte le nom d’opus 101. Le compositeur l’avait composée quelques mois auparavant et achevée en novembre 1816, la dédiant à son élève et amie la baronne Dorothea Ertmann. Les spécialistes du compositeur y voient la première des dernières sonates (il y en aura encore quatre, parmi les plus géniales de Beethoven, jusqu’au célèbre opus 111).

Pour l’un d’entre eux, André Boucourechliev, il ne s’agit pas d’une sonate qui rompt brutalement avec les précédentes, mais qui remet en question sa forme tout entière, héritée de la période précédente. C’est aussi la première écrite pour « hammerklavier », clavier à marteaux qui vient remplacer le clavecin et le clavicorde. Le « pianoforte » auquel succèdera notre « piano » (les Italiens ont conservé le mot pianoforte) s’impose donc, même si « hammerklavier » sera le surnom donné à la sonate suivante, la 29e.

Ludwig van Beethoven imagine même un programme pour sa sonate, dont on ne trouve pas trace sur la partition néanmoins :
1.
sentiment de rêverie
2.
invitation à l’action
3.
retour des sentiments rêveurs
4.
action

Ce programme correspond toutefois à une construction cyclique de la sonate, idée dont Richard Wagner s’inspirera. Enfin, c’est aussi la première sonate de Beethoven qui sera jouée de son vivant en public.

En voici, jouée par Mitsuko Uchida, la seconde partie en deux mouvements, le beau et très bref adagio – ma non troppo (« mais pas trop ») – et le finale, allegro – ma non troppo non plus : Beethoven écrit « rapide mais pas trop et avec résolution… Bon courage ! »

Le grand pianiste Alfred Brendel dit de la 28e sonate qu’elle « n’est pas une œuvre exubérante… Elle ne fait pas partie de cette catégorie de drames où une âme lutte avec les éléments ou combat le destin. Elle transmet avec une maîtrise souveraine tout le bonheur, toute la force et l’assurance qui l’habitent. »

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Photographie de Une – Mitsuko Uchida (source : University of Michigan)
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