Instant classique – 22 novembre 1808… 212 ans jour pour jour. Luigi Cherubini pense arrêter la composition musicale et se consacrer à la botanique. Mais la commande d’une messe va tout chambouler…

À la suite du triomphe de La Vestale de son collègue et concurrent Spontini en 1807, Luigi Cherubini en a un peu ras le bicorne. Il s’échine depuis des décennies à composer des chefs-d’œuvre qui semblent passés de mode. À quarante-sept ans, il a envie de passer à autre chose. Il se passionne alors pour la peinture et l’étude de la botanique. À tel point qu’il semble renoncer à la composition. Si bien qu’à l’été 1808, il est invité par Joseph de Caraman, prince de Chimay à Chimay, qui est un château situé aujourd’hui en Belgique, tout près de l’actuelle frontière.

Le but est de se consacrer à la botanique, justement. Mais sa réputation le précède, si bien que la petite société harmonique locale lui demande de composer une messe en vue de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre suivant. Cherubini, qui n’est pas la personne la plus chaleureuse que la terre ait portée, commence par les envoyer paître. Puis il finit par composer un kyrie et un gloria pour cette occasion. Il achève la messe l’année suivante.

Les deux fragments sont bien créés au château le 22 novembre à la satisfaction de tous. Cela fait trente ans que Cherubini n’a pas composé de messe et c’est pour lui une renaissance musicale. Plus question d’aller planter des graines, il poursuivra sa grande carrière musicale même après la chute de l’Empire (il est très adaptable), et deviendra tout puissant patron du Conservatoire de Paris jusqu’à sa mort en 1844.

Le doux Kyrie de cette messe, créé donc voici deux cent-douze ans, en cache un autre, et ces deux « Kyrie » encadrent un « Christe ». Tout cela est de facture très classique sur la forme, mais avec le sens de la mélodie et du contrepoint de Cherubini.

Riccardo Muti est sans doute le défenseur le plus acharné de la musique de Cherubini, dont il a enregistré de nombreuses œuvres, notamment religieuses. La messe « de Chimay », comme on l’appelle, ne fait pas exception.

Amusant, ce nom, d’ailleurs : on a un peu oublié Cherubini et en italien on peut traduire l’expression « Chi mai » par « qui donc ? », même si on ne prononce pas cette expression comme notre Chimay francophone mais « Qui maï « , phonétiquement. « Chi mai ha scritto la messa di Chimay ? » donnerait donc pour un transalpin qui prononcerait tout à l’italienne « qui donc a écrit la messe de qui donc ? ». Par les temps qui courent, on a bien le temps de s’amuser un peu, n’est-ce-pas ?

Cédric MANUEL

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Crédits photographiques du Château de Chimay : Jean-Pol Grandmont

(source : Wikipédia)
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