Le premier quintette avec piano de Dvořák est créée lors d’une soirée privée, il y a 149 ans jour pour jour. Sévère avec ses partitions de jeunesse, le compositeur l’oublie aussitôt, puis la reprend des années plus tard pour en faire la version que nous connaissons aujourd’hui. Histoire d’exigence !

Antonín Dvořák a trente-et-un ans lorsqu’il compose son premier quintette avec piano. Ce n’est certes pas sa première œuvre de musique de chambre. Il a déjà plusieurs quatuors de jeunesse et un quintette à cordes (son op. 1) à son actif. Il l’écrit en quatre mouvements. Dvořák y applique par ailleurs sa vision, certes pas exclusive à l’époque, de l’agencement musical de ses partitions : un début très romantique, presque dramatique, un mouvement lent très mélancolique, puis le retour d’une certaine joie dansante.

L’œuvre est créée à Prague voici cent quarante-neuf ans et… c’est tout. Cette création s’inscrit alors dans une série de soirées privées organisée par un ami critique musical, Jan Ludevít Procházka.

Mais l’œuvre n’est pas publiée et reste sous forme de manuscrit pendant plusieurs années. On sait que Dvořák est très sévère pour ses partitions de jeunesse. Celle-ci ne lui convient pas, mais il y repense bien des années plus tard, en 1887, et pense alors la réviser. Sauf qu’il pense l’avoir détruite.

Il écrit alors à Procházka : « Mon cher ami ! Te souviens-tu ce quintette (en la majeur) avec piano qui, grâce à tes efforts, a été joué à Prague pour la première fois voici à peu près quatorze ans ? Je ne parviens pas à retrouver la partition, je sais seulement que tu avais une copie du quintette et peut-être l’as-tu encore ? Si tel est le cas, je te serais vraiment reconnaissant si tu pouvais me la prêter (sic !) pour que je puisse aussi la copier. Ces jours-ci, j’aime jeter un œil sur certains de mes vieux péchés de temps à autre, et il y a si longtemps que je n’ai pas revu celui-là… »

Sitôt dit, sitôt fait, Prochárka lui envoie la fameuse copie que lui, au moins, n’avait pas égarée. Dvořák reprend alors la partition et la corrige sur plusieurs points, notamment dans le premier mouvement. Il réduit le mouvement lent de vingt-deux mesures et fusionne le scherzo et le finale, passant donc à trois mouvements.

Cette nouvelle version n’est cependant jamais créée du vivant du compositeur. Il faut attendre 1922 pour qu’elle le soit et encore presque quatre décennies pour qu’elle soit publiée. C’est cette version que jouent ici le Quatuor Borodine et Sviatoslav Richter en 1982.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »