25 avril 1929 : prière de l’agnostique

25 avril 1929 : prière de l’agnostique
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Instant classique – 25 avril 1929… 91 ans jour pour jour. Albert Roussel, notre compositeur-marin, était agnostique. On peut donc s’étonner qu’il se soit lancé en avril 1928 dans l’écriture d’une vaste fresque d’inspiration religieuse, basée sur le psaume 80 et commandée par un éditeur américain, Birchard, sur la recommandation d’un ancien élève de Roussel à la Schola cantorum, Edgar Varèse.

C’est la raison pour laquelle la version originale de l’œuvre est en anglais. Comme toujours lorsqu’un compositeur écrit une partition sur un texte exprimé dans une certaine langue, la musique se coule mieux dans le moule. C’est plus difficile avec la traduction française dans laquelle elle est généralement exécutée, même s’il faut avouer que c’est très rare. Le Psaume d’Albert Roussel est pourtant l’un de ses principaux chefs-d’œuvre. Son ambiance sombre et tragique ne trahit aucune exubérance. Il décrit la révolte du peuple d’Israël, abandonné par Dieu à cause de ses péchés et de ses crimes et menacé par les peuples voisins. S’ensuit la véhémente prière pour jurer qu’il se remettra dans le droit chemin et récupérer ainsi les faveurs divines. Roussel exalte plutôt les sentiments humains, entre angoisse, colère et espoir, jusqu’à la conclusion lumineuse et pleine d’une bienheureuse douceur.

Comme le résume assez bien Dom Angelico Surchamp, fameux musicologue médiéviste, « derrière le refus, certain, d’une foi reçue durant l’enfance, on devine chez Roussel une autre conviction profonde : celle de la grandeur humaine dans l’épreuve, de la victoire dans l’affrontement du péril. »

L’œuvre est créée voici quatre-vingt-onze ans à l’Opéra de Paris, à l’occasion d’un festival consacré au compositeur, qui vient de s’installer dans le XVIIe arrondissement de Paris, au n°2 du square Gabriel Fauré, comme une plaque, posée sur cet élégant bâtiment, en témoigne.

La version (française donc) dirigée par Serge Baudo voici plus de quarante-cinq ans souffre d’un ténor un peu fruste, mais traduit bien l’atmosphère de cette œuvre hors norme dans la production du principal compositeur français de l’entre-deux-guerres avec Ravel.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



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