Instant classique – 26 décembre 1867… 152 ans jour pour jour. Comment faire pour sauver (une fois de plus) un théâtre lyrique de la ruine ? Puiser dans les histoires qui feront courir le public, avec tout ce qu’il faut de paillettes pour le retenir durablement.

C’est peu ou prou à cette recette que pense Léon Carvalho, directeur – précisément – du Théâtre lyrique depuis dix ans lorsqu’il demande au jeune Georges Bizet de composer une nouvelle œuvre destinée à redorer le blason de sa salle face à la concurrence de l’Opéra et de l’Opéra-Comique.

Pour éviter toute déconvenue, il demande à des librettistes chevronnés, Henri Vernoy de Saint-George et Jules Adenis, d’adapter un bon vieux roman de Walter Scott, La Jolie Fille de Perth, ou le jour de la Saint-Valentin, paru presque quarante ans plus tôt. Vernoy de Saint-George édulcore tout ce qui pouvait l’être et transforme le roman en bluette sans aspérités, au grand désespoir du jeune compositeur, qui écrit : « Je ne me sers pas des paroles pour composer, je ne trouverais pas une note… » Il jette pourtant toutes ses forces dans cette œuvre, dont Carvalho veut absolument qu’elle soit créée avant la concurrence.

Après plusieurs retards, le nouvel opéra est enfin présenté il y a tout juste cent cinquante-deux ans, devant une critique aussi enthousiaste pour la musique que railleuse du livret. Au moins Bizet remporte-t-il les suffrages : « La nouvelle partition est de celles qui classent immédiatement leur auteur au nombre des jeunes maîtres avec qui l’avenir devra compter », écrit l’un de ces critiques dès après la générale.

Mais malgré ce succès, une fois de plus, l’œuvre de Bizet ne parvient pas à rester à l’affiche, dont elle disparaît durablement après un petit tour d’Europe. C’est d’autant plus regrettable que la musique en est fort belle. Il en subsiste néanmoins quelques joyaux, telle cette célèbre sérénade, en bonne place dans le répertoire des ténors.

Si vous n’avez pas l’occasion d’écouter la remarquable intégrale dirigée il y a trente ans par Georges Prêtre, avec notamment Alfredo Kraus, June Anderson, Gabriel Bacquier et José van Dam, profitez néanmoins de cette fameuse sérénade avec Juan Diego Flórez, qui l’a enregistrée avec d’autres airs d’opéras français.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »