Instant classique – 27 mars 1819… 201 ans jour pour jour. Ce jour-là, au théâtre San Carlo de Naples, Rossini peut être confiant. Il présente un nouvel opéra sur la base d’un sujet antique et dramatique, tiré d’Andromaque de Racine, adapté ici par le librettiste Andrea Leone Tottola. On sait donc qu’on ne va pas beaucoup s’esclaffer. 

Pour cette nouvelle « azione tragica », Gioachino Rossini aligne parmi les plus grands chanteurs du moment : Isabella Colbran, sa maîtresse et bientôt sa femme, dans le rôle-titre de cet œuvre baptisée Ermione ; la grande mezzo Rosamunda Pisaroni en Andromaque ; le ténor Andrea Nozzari en Pyrrhus et l’autre grand ténor Giovanni David en Oreste. Une distribution qui lui a déjà porté chance puisqu’elle venait de conduire Ricciardo et Zoraide au triomphe.

Le compositeur peut être confiant également car cette dernière œuvre, créée le 3 décembre précédent, lui avait permis de tester une nouvelle approche musicale, à l’orchestration plus riche, aux propositions plus surprenantes sans être révolutionnaires, mais qui n’ont alors pas rebuté le public pourtant assez conservateur de Naples.

Avec Ermione, Rossini veut pousser son avantage. Comme le dira Stendhal, il a voulu « tenter le genre français », avec des audaces inhabituelles : une ouverture avec chœur, assez sombre, un premier air d’Andromaque qui ne l’est pas moins, bien d’autres auxquels il cherche à donner davantage de force dramatique, comme – précisément – dans le finale autour d’Ermione, qui préfigure sans équivoque les grandes scènes romantiques.

Mais malgré ces atouts et son travail de grande précision, destiné à exalter l’excellence des voix de sa distribution, l’œuvre n’est pas comprise et la création est un four complet, à tel point qu’Ermione est immédiatement retirée de l’affiche. Rossini ne l’entendra plus jamais de son vivant et il faudra attendre la renaissance rossinienne des années 70 pour la retrouver, malgré la difficulté de trouver un quatuor vocal du niveau requis – on se souvient de la dure bronca qui a accueilli Montserrat Caballé dans le rôle titre à Pesaro en 1987.

Ce qui n’empêche pas quelques incarnations intéressantes, comme ici Anna Caterina Antonacci à Londres en 1992, aux côtés de Bruce Ford et sous la direction de Mark Elder, tous plutôt correctement captés.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »