28 septembre 1870 – Disciple de Massenet et de Fauré, ami de Satie, Florent Schmitt fête aujourd’hui ses 151 ans. Un nom que tout le monde connaîtrait si ce grand compositeur prolifique n’avait pas été, outre ses provocations, un antisémitisme viscéral et odieux qui le poussera à collaborer très franchement avec l’occupant nazi.

Florent Schmitt, né à Blâmont (Meurthe-et-Moselle) voici cent cinquante-et-un ans, aurait pu rester, dans l’imaginaire collectif, l’un des plus grands compositeurs français du début du XXe siècle. Il avait tout pour ça : élève prometteur de Massenet et de Fauré, lauréat pugnace du Prix de Rome à trente ans, créateur tout au long de sa vie d’un style musical inclassable et volontiers onirique, il acquiert une notoriété tout à fait considérable.

Seulement voilà, les grands artistes sont aussi des hommes, parfois moins grands, voire très petits. Cet ami de Satie, dont il partage la causticité jusque dans les titres bizarres de certaines œuvres (voyez par exemple Çançunik ou Fonctionnaire MCMXII) n’aura de cesse de rester en marge et provocateur, usant d’une franchise débridée et volontiers blessante à tout propos.

On en ferait aujourd’hui une sorte d’icône de l’anticonformisme ennemi des dogmes, ce qui n’est pas nécessairement un défaut, mais qui se double hélas aussi chez lui d’un antisémitisme viscéral et odieux qui le poussera à collaborer très franchement avec l’occupant nazi. Cette orientation, aussi connue que celle d’un Brasillach en littérature, ne lui est pourtant pas beaucoup reprochée après la guerre. Ce n’est que plus récemment que ce passé rattrape post-mortem le compositeur, aboutissant à retirer son nom de telle ou telle rue ou école.

L’homme est donc « complexe », comme on dit aujourd’hui comme une excuse à tout propos.

Il n’en reste pas moins un compositeur prolifique souvent très intéressant. À vingt-six ans, il compose par exemple une série de dix pièces pour piano intitulée Soirs, pleine des influences impressionnistes qu’il apprécie. En voici la version pour orchestre, que Schmitt réalise plus tard. On y perçoit un raffinement que n’auront pas toujours ses œuvres orchestrales.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »