29 avril 1784… 237 ans jour pour jour – Mozart compose une sonate pour violon et piano en quelques jours. La veille du concert, le compositeur n’a écrit que la partie de violon. Mais le lendemain soir, pourtant, il joue devant Joseph II une partie de piano qu’il n’a écrite… que dans sa tête !

Les derniers mois de l’année 1783 ont été rudes pour Wolfgang Amadeus Mozart. Il a quitté Salzbourg avec sa femme Constance dans les plus mauvais termes avec son père Leopold et même avec sa chère sœur Nannerl. Il est revenu à Vienne dans une ambiance morose et s’est installé dans la maison Trattner, sur le Graben.

Après avoir songé à un nouvel opéra-bouffe, il laisse de côté l’art lyrique pour composer des œuvres destinées à lui rapporter de l’argent rapidement. Il tient à cet égard des comptes très précis dans un cahier, tandis que dans un autre, avec une reliure rose, il écrit toutes ses compositions. Il en sera ainsi jusqu’à sa mort, presque huit ans plus tard. Et bien lui en prend car les affaires reprennent.

Il est invité à des concerts (notamment ceux organisés par le pianiste hollandais Richter), organise des académies pour son bénéfice personnel et organise bientôt ses propres concerts par souscription dans la salle Trattner. Il participe au total à vingt-deux concerts entre fin février et début avril. Il est invité chez les princes Galitzine et Esterhazy. Sa renommée ne cesse de croître et ses propres concerts à souscriptions réunissent suffisamment de soutiens pour lui fournir la somme considérable de mille florins. Il lui faut donc mettre les bouchées doubles pour fournir ces événements en nouvelles œuvres.

C’est à l’une de ces occasions qu’il compose cette sonate pour violon et piano en quelques jours en avril 1784. En effet, la violoniste virtuose mantouane Regina Strinasacchi, dix-neuf ans, est de passage à Vienne. Ils doivent donner un concert ensemble le 29. Las ! Le 28 au soir, Mozart n’a écrit que la partie de violon…. Le 29 au soir, pourtant, il joue avec elle devant Joseph II une partie de piano qu’il n’a écrite… que dans sa tête !

C’est pour cela que cette sonate est parfois sous-titrée « Strinasacchi ». Mozart dira à son père combien il a apprécié le jeu de la violoniste.

En voici le premier des trois mouvements et pour l’occasion, j’ai là une version-cadeau : rien moins que « le roi David » Oistrakh au violon et Paul Badura-Skoda au piano. Ça a l’air si facile…

Cédric MANUEL

 



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Rubrique : éphéméride