Instant classique – 29 mars 1915… 106 ans jour pour jour. Quel destin étrange que celui de la deuxième symphonie de Georges Enesco : écrite avant la Première Guerre mondiale, création en Roumanie, envoi et disparation de la partition en Russie, redécouverte après la guerre, réécriture au début des années 1950, recréation la décennie suivante…

Georges Enesco s’attaque à sa deuxième symphonie en 1912, pour l’achever après le début de la Première Guerre mondiale fin 1914, alors qu’il retourne durablement en Roumanie après un long périple européen, marqué par un premier séjour parisien. C’est un orchestre au nom peu commun qui crée ensuite la symphonie dans la belle salle de l’Athénée de Bucarest voici cent six ans aujourd’hui : l’orchestre du ministère de l’Instruction publique !

Mais le compositeur n’est pas satisfait de sa partition, qu’on sent influencée par Richard Strauss et dont il semble qu’il ait par ailleurs voulu la dédier au chef d’orchestre français Édouard Colonne. Il ne la publie donc pas et la garde dans ses tiroirs. La guerre tourne mal pour la Roumanie, alors membre de l’Entente contre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Empire ottoman. Le gouvernement roumain envoie donc à Moscou ses trésors : les réserves d’or mais aussi de nombreux manuscrits d’Enesco, dont certains sont uniques, ce qui est le cas de sa deuxième symphonie. Je ne saurais pas vous dire ce que les Russes ont fait de l’or roumain, mais je peux vous dire que les manuscrits d’Enesco disparaissent sitôt arrivés à Moscou. Miraculeusement, c’est le chef d’orchestre Bruno Walter qui parvient à les récupérer quelques années plus tard, bien après la guerre, et les renvoie à Enesco, à nouveau installé à Paris.

Le compositeur ne reprendra pas pour autant sa seconde symphonie, qui retourne dans un tiroir. Ce n’est qu’au soir de sa vie qu’Enesco l’exhume et considère qu’elle est loin d’être terminée… et voilà qu’il la remet sur le métier. Cependant, il ne l’entendra jamais, puisqu’il meurt en 1955. C’est le chef d’orchestre Iosif Conta qui la recrée finalement en 1961, ouvrant ensuite la voie, cinquante ans après sa composition, à sa publication officielle.

En voici le dernier quart d’heure, avec le quatrième et ultime mouvement marqué « Allegro vivace – Marziale ». Pas trop « martial » je dois dire, mais assez vif.

Cédric MANUEL

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