Instant classique – 3 avril 1911… 109 ans jour pour jour. Au tournant des années 1910, Jean Sibelius ne va pas très bien. Il a quarante-cinq ans et on l’a opéré d’un cancer de la gorge en 1908 (il vivra jusqu’à quatre-vingt-onze ans quand même).

Jean Sibelius doute de sa destinée, de son œuvre, de sa place dans la musique européenne face à ce qu’il appelle les « tendances modernes ». Il se sent très isolé, sans message à porter. Il en résulte cette quatrième symphonie, si différente des trois précédentes et à plusieurs égards des suivantes. Sévère, sèche comme un coup de trique, elle ne laisse pas de place aux épanchements ou au superflu.

Sibelius revendique cette rigueur contre la chantilly double crème d’un Strauss par exemple. Mais évidemment, le goût du public est un peu différent et la création à Helsinki ce 3 avril 1911 par la Société philharmonique sous sa propre direction se passe plutôt très mal. On juge cette musique trop « moderne » et même « cubiste », un comble ! Aux États-Unis, Arturo Toscanini la défend immédiatement avec toute son énergie, mais sans plus de succès. Sibelius passera vite à autre chose mais ne renoncera pas à suivre sa propre voie. On ne saurait lui en vouloir, bien au contraire !

Voici le dernier mouvement, lui-même très étrange, qui s’achève quand on s’y attend le moins, sous la baguette un peu frénétique mais d’une implacable précision d’un des grands spécialistes de l’œuvre de Sibelius encore aujourd’hui, Esa-Pekka Salonen.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »