Instant classique – 3 janvier 1799… 222 ans jour pour jour. Antonio Salieri compose son Falstaff, près d’un siècle avant Verdi qui l’éclipsera, hélas. Pourtant, Salieri écrit une partition enjouée, brillante et divertissante, pleine d’idées originales. À redécouvrir, donc, avec grand plaisir !

Lorsqu’Antonio Salieri compose son Falstaff ossia le 3 burle (Falstaff ou les 3 farces), sur un livret de Carlo Francesco Defranceschi, ce n’est pas la première fois que les Joyeuses commères de Windsor font l’objet d’une adaptation à l’opéra. Avant cette étape majeure qui sera néanmoins largement occultée – comme les autres – par le fameux Pancione (Ventru) de Verdi presque un siècle plus tard, on compte déjà une adaptation datant de 1761 par Papavoine à Paris. Mais c’est plus sûrement un singspiel de l’Allemand Peter Ritter, Die lustigen Weiber von Windsor (1794)qui attire l’attention de Salieri et de son librettiste.

Salieri se met au travail  en vue de réaliser à son tour un “opera buffa” pour le Kärntnertortheater de Vienne, sur un livret en italien. Comme nous y sommes désormais habitués avec Verdi (loin du personnage décrit instrumentalement par Elgar, plus nuancé et plus dramatique), le Falstaff de Salieri est lui aussi lubrique, très sûr de lui et plutôt cupide. La moindre œillade est une invitation, la moindre situation une occasion de s’enrichir. Dès le début de l’opéra, il fait donc la cour à Alice Ford et en même temps à une certaine Mrs Slender dans un menuet très risible. Il compte à la fois obtenir qu’elles cèdent à ses avances, et en profiter pour leur soutirer le maximum d’espèces sonnantes et trébuchantes pour payer ses agapes à l’auberge du Capricorne, qui remplace ici la Jarretière. Suit l’épisode des lettres, assez similaire à celui de l’adaptation de Boito pour Verdi. Les deux femmes décident de se venger.

Pendant ce temps là, Mr Ford veut en avoir le cœur net et devient M. Broch pour obtenir de Falstaff, contre une belle bourse, l’aveu qu’il a rendez vous avec Alice non pas dalle due alle tre mais à onze heures… Ford se lance alors dans un lamento désespéré, mais ne tardera pas lui aussi à chercher vengeance. Suivra l’épisode du panier et de la Tamise, comme il se doit ! Mais Ford apprend ensuite qu’il y avait bien Falstaff dans le panier précipité dans la Tamise, ce qui provoque sa colère, d’autant que Falstaff, tout crotté qu’il est, ne désespère toujours pas de mettre sa femme dans son lit. Il dit à M. Broch qu’il a un nouveau rendez-vous, à trois heures et demie cette fois. Falstaff se présente à l’heure dite, mais Ford aussi. Falstaff n’a que le temps de se laisser grimer en vieux cuisinier de la maison auquel il ressemble et que Ford déteste, justement. Pour passer sa colère, il le rosse donc séance tenante en croyant se soulager ainsi sur son cuisinier honni…

C’est à ce moment seulement qu’Alice révèle les deux premières farces à son mari et qu’ils décident ensemble du troisième et dernier tour, à minuit, dans le bois de Windsor. La suite, vous la connaissez, c’est la même que dans l’autre Falstaff, Aïe, aïe compris ! Tout le monde se réconcilie et il est tout à fait fortuit que le dernier numéro s’intitule Fate verdi…  Cette fois, Falstaff ne rit pas avec les autres en disant Tutti gabatti (Tous dupés), mais Mai più ! (Plus jamais !). On ne l’y reprendra plus.

L’œuvre de Salieri est plutôt bien accueillie par les Viennois et reste à l’affiche pour plus de vingt représentations après le 3 janvier 1799. C’est une partition enjouée, brillante et divertissante, pleine d’idées originales et dont voici le finale, ici dans une interprétation dirigée par Alberto Veronesi à la tête de l’orchestre Guido Cantelli de Milan et du chœur Les Madrigalistes, dans un disque paru pour le bicentenaire de l’opéra en 1999.

Une jolie (re)découverte !

 

Cédric MANUEL

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Photographie de Une : statue de Falstaff à Stratford Upon Avon
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