Instant classique – 4 janvier 1884… 137 ans jour pour jour. Joseph Joachim Raff, composituer célébré de son vivant mais un peu tombé dans l’oubli aujourd’hui, compose quatre préludes consacrés à des œuvres de Shakespeare, dont un consacré à Roméo et Juliette. Une œuvre serrée et tourmentée qui ne manque pas de savoir-faire ni d’efficacité.

Avec la diffusion accrue de William Shakespeare au XIXe siècle (traduit notamment en France par François-Victor Hugo et dans les pays de langue germanique par Schlegel et Thieck), les adaptations des œuvres du mystérieux dramaturge à l’opéra et plus généralement dans les partitions musicales se sont multipliées au point qu’on ne les compte plus et que beaucoup sont aujourd’hui dans les bibliothèques des théâtres et n’en sont jamais sorties.

Tenez, par exemple, vous ne connaissez peut-être pas Joseph Joachim Raff (1822-1882), compositeur très largement autodidacte et instituteur à l’origine, comme le furent Bruckner – son contemporain – ou Schubert plus brièvement. Ce compositeur et pédagogue suisse allemand a pourtant été très joué de son vivant et bénéficiait d’un immense respect en Europe. Il avait été remarqué dans sa jeunesse par Mendelssohn à qui il avait envoyé ses premières œuvres et qui l’avait chaudement recommandé à des éditeurs. De fait, ses partitions sont souvent très intéressantes, et il est regrettable qu’il soit lui aussi tombé dans l’oubli aujourd’hui.

À sa mort, il laisse plus de trois cents numéros d’opus, dont quatre préludes consacrés à des œuvres de Shakespeare (La Tempête, Macbeth, Othello et Roméo et Juliette). Je reviendrai sur chacun d’entre eux le moment venu, et aujourd’hui, c’est l’occasion de célébrer celui consacré aux amants de Vérone. Il compose cette partition serrée et tourmentée en 1879, à la fin de sa vie. Elle est bâtie sur deux motifs qui décrivent l’un les Capulet, l’autre les Montaigu, et donc ça castagne et ça tourbillonne un peu.

L’œuvre est moins séduisante que celle de Tchaïkovski pour ne parler que d’une autre ouverture, mais elle ne manque pas de savoir-faire ni d’efficacité. Elle est créée après la mort de son auteur, le 4 janvier 1884, à la Kurhaus de Wiesbaden, sous la baguette du chef d’orchestre Louis Lüstner, grand défenseur de Raff.

Cédric MANUEL



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